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actu & culture


NEW YORK - mardi 27 octobre 2009 à 14h06

Une famille américaine s'impose un an de restrictions drastiques par souci écologique



Une famille new-yorkaise a vécu pendant un an en s'efforçant de réduire à presque zéro son impact sur l'environnement: elle a coupé son appartement du réseau électrique, renoncé aux biens de consommation jetables et à l'achat d'objets neufs, s'est déplacée à vélo et a acheté sa nourriture à des paysans de la région. Elle fait aujourd'hui le bilan de cette expérience.

Colin Beavan, son épouse et leur fille deux ans se sont imposés pendant un an des règles qui ont bouleversé la vie de ces anciens adeptes des dîners à emporter, des déplacements en taxi, du shopping et de la téléréalité.

M. Beavan a raconté l'expérience sur son blog "No Impact Man", suivi d'un livre, publié le mois dernier sous le même nom, et d'un documentaire. La famille a repris une existence plus classique, confrontée désormais au défi de trouver son "juste milieu" entre la rigueur vécue pendant un an et les excès d'avant.

M. Beavan, qui avait auparavant écrit des ouvrages sur l'histoire de la médecine-légale et du débarquement du 6 juin 1944, a eu envie de réaliser cette expérience par militantisme écologique, et pour avoir la matière de son prochain livre.

Michelle Conlin, son épouse, journaliste à "BusinessWeek", soucieuse d'éliminer ce qu'elle ressentait comme des addictions, a suggéré de supprimer le shopping, la télévision et le cinéma.

Au lieu de se faire livrer leurs petits-déjeuners et dîners à domicile comme avant, ils se sont mis à manger végétarien et à tout acheter sur un marché de paysans locaux, consommant uniquement des produits cultivés à moins de 400 kilomètres de chez eux. Le soir, ils s'asseyaient autour de la table et... bavardaient.

Avant, la télévision occupait une place centrale dans l'appartement, explique Mme Conlin, auparavant une inconditionnelle de la téléréalité. "Après l'avoir abandonnée, le centre du foyer est devenu la table familiale. J'ai renoncé à la téléréalité pour la réalité." Les Conlin disent vouloir garder cette habitude.

A l'issue de cette année de restrictions, ils n'ont pas voulu s'en imposer de nouvelles: ils continuent à fréquenter leur marché de produits locaux, mais s'ils manquent de quelque chose après une longue journée de travail, n'hésitent pas à l'acheter au supermarché.

Leur volume de déchets est certes passé d'un litre tous les quatre jours à 19 litres, mais reste très inférieur aux 341 litres d'antan... Ils ont rallumé le réfrigérateur, mais n'ont plus de congélateur. Alors qu'ils se sont privés de papier-toilette pendant un an, ils ont recommencé à l'utiliser, mais en en choisissant un fabriqué avec du papier recyclé.

La famille n'a pas voulu réinstaller sa télévision grand écran dans l'appartement. Mais environ une fois par semaine, en fonction de ses envies, elle regarde une pièce de théâtre sur un ordinateur portable.

Colin et Michelle ont aussi gardé leurs "vélos-rickshaws" dont ils se sont entichés: des tricycles avec de la place pour les provisions et un siège pour leur fille Isabella. Mais, aujourd'hui quand il pleut, ils prennent parfois le métro.

La climatisation leur semblait auparavant une nécessité. Mais une fois enlevée, la chaleur et le manque de loisirs électroniques les ont poussés à sortir durant leur année de restrictions, passant la plupart de leurs soirées dans un parc: la brume émise par une fontaine leur apportait de la fraîcheur pendant qu'ils regardaient les artistes se produisant dans ce lieu public. Ils échangeaient à d'autres personnes, et n'étaient plus isolés dans leur bulle familiale. Des heures passées dehors qu'ils ont beaucoup aimées.

Les Beavan-Conlin ont enfreint une de leurs règles pendant cette année, en utilisant la machine à laver le linge de leur immeuble. Et Michelle Conlin a également trouvé sa limite: le café n'est certes pas produit dans la région new-yorkaise, mais elle n'a pas pu se passer de cette addiction-là.

Depuis la fin de l'expérience, la famille est à la recherche d'un nouvel équilibre. "D'une certaine manière, le projet a réellement commencé le jour où il a pris fin", dit Mme Conlin. "En fait, nous n'avons pas encore trouvé la manière dont nous voulons vivre", renchérit son mari.

Leur défi leur a fait perdre le goût pour certaines choses, comme le plaisir du shopping pour Michelle. Quelques mois après la fin de l'expérience, elle s'est aventurée dans un grand magasin pour acheter une nouvelle tenue pour aller travailler. Mais fini l'enthousiasme... Et s'est choisi un ensemble parce qu'il était pratique, bon marché et qu'elle en avait besoin.

S'ils ont recommencé à prendre l'ascenseur, Mme Conlin regrette sa poubelle à compost avec lombrics. Désormais, la famille donne ses déchets organiques aux paysans du marché. Mme Conlin était certes dégoûtée par les lombrics, craignant qu'ils ne s'évadent de leur contenant pour se faufiler dans la nourriture. Mais la petite Isabella était elle fascinée, et ces vers lui ont fait prendre conscience du cycle naturel de la vie.

D'autres aspects de cette vie frugale demeurent: dans le jardin communautaire où ils cultivent d'énormes courgettes, leur fille met la main à la pâte et se promène au milieu des légumes, croquant les tomates comme si c'était des pommes.

Et ce ne sont plus les anonymes livreurs qui viennent à eux: désormais, la famille sort souvent de chez elle pour aller se promener à l'extérieur et sillonner la ville en tricycle. AP

lma/v/nc




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