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actu & culture


MUNICH - jeudi 06 juillet 2006 à 16h44

Mondial: Domenech sur les traces de Jacquet



Invaincu en 16 matches de compétition depuis son arrivée à la tête des Bleus il y a deux ans, Raymond Domenech a atteint l'objectif qu'il s'était fixé en qualifiant ses joueurs pour la finale de la Coupe du monde face à l'Italie, et marche sur les traces de son père spirituel, Aimé Jacquet.

Critiqué par la presse et systématiquement sifflé par les supporters français jusqu'à la victoire face à l'Espagne (3-1) en huitième de finale du Mondial allemand, Domenech n'est plus qu'à 90 minutes du titre suprême. Un comble pour un entraîneur qui n'a encore jamais rien gagné, si ce n'est le championnat de France de deuxième division lorsqu'il dirigeait Lyon.

Mercredi soir, pour la première fois depuis l'arrivée des Français en Allemagne, Domenech a dit sa fierté d'avoir atteint un objectif auquel personne ne croyait il y a un mois, quand la France était championne du monde des matches nuls.

"On est fiers d'être en finale contre l'Italie, fiers d'avoir remporté ce match difficile", a commenté Domenech après le succès 1-0 sur le Portugal. "J'ai toujours dit que l'objectif était le 9 juillet, mais pas à quelle heure... Maintenant il faut aller jusqu'au bout. La finale se joue pour se gagner."

Ce discours optimiste et volontariste, l'ancien défenseur moustachu devenu sélectionneur en costume le tient depuis toujours. Pendant deux ans personne n'y a cru, les résultats des Bleus ne permettant pas objectivement de voir qu'une équipe était en gestation.

Mais la force collective qui émane désormais des Bleus ne peut-être due uniquement à la force mentale de ses éléments, qui ont fait le pacte de "mourir tous ensemble" en Allemagne. Domenech y est forcément pour quelque chose. Qu'il ait choisi de favoriser l'autogestion au sein de son groupe ou de s'appuyer sur des relais forts pour faire passer son message, il a eu l'intelligence de s'effacer quand il le fallait et de passer en force aux moments opportuns.

Après un an de mandat, quand l'équipe de France, en pleine reconstruction, se morfondait à la 4e place de son groupe des éliminatoires, Domenech a accepté de revenir sur son projet, facilitant le retour des anciens. Sans son insistance, Lilian Thuram, désormais détenteur du record de sélections et auteur d'un match somptueux contre le Portugal, ne serait jamais redevenu bleu.

Dans la vie de tous les jours, Domenech, qui détonnait par sa franchise, a aussi accepté de changer, au point de devenir parfois agaçant avec sa langue de bois parfaitement maîtrisée.

"J'ai voulu être normal au début", disait-il récemment. "J'ai lutté. Je me suis rendu compte que c'était impossible. Notamment avec les médias. J'ai compris que l'exemplarité devait être une seconde nature. Je me suis rasé tous les matins, j'ai fait attention à ce que je mettais comme fringues pour aller au conseil fédéral, je fais des efforts."

C'est à l'automne dernier, en se battant pour organiser un match amical en Martinique contre le Costa Rica (3-2), que l'ancien entraîneur de Mulhouse a gagné son combat essentiel: donner une âme à son équipe. Aux Antilles, un nouvel esprit est né et la volonté de tirer un trait sur les échecs des quatre dernières années s'est installée dans toutes les têtes.

Domenech a eu aussi le coup de génie d'imposer en équipe de France le préparateur physique Robert Duverne, qu'il avait fait venir à Lyon en 1991. Loué par tous les joueurs, Duverne est pour beaucoup dans la montée en puissance d'un Patrick Vieira, métamorphosé en Allemagne et pièce centrale du dispositif de Domenech.

Enfin, le successeur de Jacques Santini a eu aussi un peu de chance, car à toute chose malheur est bon. La fracture de la jambe de Djibril Cissé a indirectement permis à Domenech, qui envisageait de jouer avec deux attaquants de pointe conformément aux préférence de Zinédine Zidane, de trouver le bon système, un 4-2-3-1 irrésistible depuis les huitièmes de finale.

Domenech est en passe de rejoindre Jacquet dans la légende, avec une équipe basée sur une défense de fer (NDLR: deux buts encaissés en Allemagne), l'esprit de sacrifice et la solidarité, comme en 98.

Jacquet, lui aussi beaucoup critiqué avant son triomphe, et Domenech se connaissent depuis longtemps et leurs itinéraires se sont souvent croisés.

A Lyon, Jacquet a terminé sa carrière de joueur aux côtés de Domenech. Puis, lorsqu'il a pris en mains les destinées de l'équipe rhodanienne, le rugueux défenseur en était le capitaine. Une fois à Bordeaux, Jacquet l'a fait venir jouer en Gironde et les compères se sont retrouvés à la direction technique nationale (DTN), quand Domenech a été nommé sélectionneur des espoirs en 1993.

Onze ans plus tard, Jacquet a eu un rôle prépondérant dans la nomination de son poulain à la tête des A après l'élimination des Bleus de Santini en quart de finale de l'Euro portugais. Jacquet l'avait alors défini comme "le meilleur d'entre nous". Encore une fois, "Mémé" avait raison. AP

petr/cov/jp




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