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actu & culture


BRUXELLES - vendredi 06 avril 2007 à 03h20

Dernière ligne droite pour les négociateurs du GIEC


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Scientifiques et diplomates menaient jeudi à Bruxelles une ultime journée de tractations sur la formulation d'un rapport sur les conséquences prévisibles du réchauffement climatique pour les décennies à venir. Mais certains craignaient que les délégués présents à la réunion du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ne puissent tenir l'échéance prévue vendredi matin pour la publication de ce document.

Le texte aurait été édulcoré par rapport à la version originale pour offrir des prévisions moins pessimistes sur l'extinction des espèces menacées, selon certains participants aux négociations.

Le projet de texte final, écrit par les scientifiques avant d'être revu par les experts gouvernementaux, estimait qu'"environ 20 à 30% des espèces seront probablement exposées à un haut risque d'extinction irréversible" si les températures montent de 1,5 à 2,5 degrés Celsius. Mais cette partie a été "diluée", selon le scientifique à la retraite Ian Burton, qui participait à la réunion pour l'Institut de l'environnement de Stockholm.

L'un des principaux auteurs du rapport général, Saleemul Hug de l'Institut international pour l'environnement et le développement de Londres, a reconnu que la formulation finale ne serait probablement pas aussi forte que l'original.

Les négociations se poursuivaient tôt vendredi. Un important sujet de différend concernait la suppression totale ou partielle de tableaux répertoriant l'impact environnemental estimé de chaque augmentation d'un degré Celsius de la température dans l'atmosphère. Un autre contentieux portait sur la publication ou non des coûts estimés du changement climatique, calculés par tonne d'émission de CO2, ont déclaré des participants sous le couvert de l'anonymat.

Des responsables prévoyaient que les négociations finales pourraient durer jusqu'à 4h ou 5h du matin (2h ou 3h GMT vendredi) soit quelques heures seulement avant la présentation officielle, prévue pour 10h du matin (08h GMT).

La réunion rassemble depuis lundi quelque 285 délégués de 124 pays aux côtés de la cinquantaine de scientifiques qui ont rédigé le rapport et de dizaines d'observateurs d'organisations non gouvernementales. Le document, élaboré depuis six ans, dresse un tableau inquiétant de ce qui risque d'arriver d'ici le milieu du siècle si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas freinées: pauvreté croissante, pénuries d'eau potable, fonte des glaciers et calottes glaciaires et disparitions de nombreuses espèces.

L'ensemble du projet de rapport final, dont l'Associated Press a obtenu une copie, comporte 20 chapitres, des suppléments, deux résumés, soit un total de 1.572 pages. Mais les tractations de cette semaine portent uniquement sur le résumé de 21 pages destiné aux décideurs politiques.

Il s'agit du deuxième rapport du GIEC prévu cette année. Le premier, présenté en février à Paris, avait conclu avec une quasi certitude que le réchauffement était provoqué par l'activité humaine.

A Bruxelles, les négociateurs réunis à huis clos ont progressé si lentement que le président du GIEC a, chose inhabituelle, demandé aux délégués d'accélérer le rythme et que des chercheurs ont commencé à évoquer une suspension de la conférence jusqu'au mois de juin, a rapporté un scientifique à l'Associated Press sous couvert de l'anonymat.

L'un des principaux débats lors de la séance de jeudi portait sur la liste des éléments devant figurer sur des graphiques, qualifiés d'"autoroute de l'extinction", qui montrent pour chaque degré Celsius supplémentaire l'aggravation prévisible de la situation sur une grande partie de la planète: pénuries alimentaires, inondations, disparition d'espèces...

Ces graphiques "nous disent qu'il y a un danger pour l'avenir", souligne le délégué belge Julian Vandeburie, qui va jusqu'à comparer la situation actuelle à la conférence de Munich de 1938, où la Grande-Bretagne et la France avaient eu à faire le choix entre affronter Hitler et chercher à l'apaiser. "Nous sommes dans un moment identique", assure-t-il. "Nous devons décider de faire quelque chose ou pas."

Une partie du débat porte sur le niveau de confiance des scientifiques dans les données mentionnées dans le rapport. Il s'élève à plus de 90% pour certaines parties du document, notamment celles qui soulignent que des centaines de millions de personnes sont vulnérables aux inondations liées à l'élévation du niveau de la mer.

Mais il est plus proche de 80% pour d'autres questions comme l'affirmation qu'il y aura des changements futurs majeurs pour les espèces et les écosystèmes avec une élévation des températures de plus de 1,5 degré Celsius.

"Les tractations portent sur le fait de savoir si une chose est probable ou très probable, si elle est mondiale ou régionale", explique Hans Verolme, directeur du programme sur le changement climatique du Fonds mondial pour la nature (WWF) et observateur avisé des négociations.

"Plus le rapport du GIEC sera alarmant, plus les attentes des opinions seront grandes à l'égard des responsables politiques qui devront prendre cette année la décision de lancer de nouvelles négociations, des négociations contraignantes, sur une réduction supplémentaire de la pollution au carbone", ajoute-t-il. AP

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