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actu & culture


PARIS - mercredi 21 mars 2007 à 12h00

"Le jasmin ou la lune": le combat d'Aung San Suu Kyi



On la surnomme "la Dame de Rangoon" ou "la Mandela asiatique": seul Prix Nobel actuellement privé de liberté, Aung San Suu Kyi, 61 ans, est assignée à résidence par la junte militaire de Birmanie, comme elle l'a été pendant 11 de ces 17 dernières années.

C'est son portrait que dresse le journaliste Thierry Falise dans "Aung San Suu Kyi, le jasmin ou la lune" (Ed. Florent Massot), racontant le combat de la présidente de la Ligue nationale pour la démocratie.

Le livre, précis et documenté, alterne la description de sa vie quotidienne actuelle et sa biographie, depuis l'assassinat de son père, le général Aung San, père de l'indépendance et fondateur de l'armée birmane, en 1947, alors qu'elle n'avait que deux ans.

Après des études et un mariage en Angleterre, la naissance de deux fils en 1973 et 1977, des postes à New York, au Japon et en Inde, c'est en 1988 qu'Aung San Suu Kyi décide de s'engager dans la politique. Son pays, dirigé par le dictateur Ne Win, est alors en plein chaos et des manifestations sont réprimées dans le sang le 8 août 1988. Quelques jours plus tard, le 24, c'est "debout sur un demi-fût de pétrole", pendant quelques minutes devant quelques centaines de personnes, en face de l'Hôpital général de Rangoon, qu'elle prend la parole en public pour la première fois.

Deux jours après, ce sont plus de 500.000 personnes, venues de tout le pays, qui assisteront à son premier meeting. Le phénomène Aung San Suu Kyi est né.

La junte militaire n'aura alors de cesse de la harceler, en la mettant une première fois en résidence surveillée, pendant six ans, de 1989 à 2005. Son domicile du 54 avenue de l'Université deviendra le siège de l'opposition birmane et le symbole de la résistance pacifique au régime militaire. En mai 1990, son parti remporte 80% des suffrages aux élections, que le pouvoir ignorera, et en octobre 1991 elle reçoit le Prix Nobel de la paix.

Jamais elle ne cédera, même quand la junte l'incitera à quitter le pays pour rejoindre mari et enfants en Angleterre: "A partir du moment où je suis une citoyenne de Birmanie et pas d'un autre pays, je ne vois pas comment ils pourraient me déporter, à moins bien sûr qu'ils n'achètent la Lune et m'y envoient".

Après sa libération en 1995, elle continue sa lutte politique et d'autres périodes d'assignation à résidence suivront, en 2000 puis 2003. Mais ni la haine, ni le découragement, ni la peur ne la font fléchir. "Vous ne pouvez pas vraiment avoir peur de gens que vous ne haïssez pas", dit-elle.

Aujourd'hui, Aung San Suu Kyi vit depuis quatre ans coupée du monde, en compagnie d'une amie fidèle et de sa fille, sans courrier ni téléphone, avec seulement la radio comme lien avec l'extérieur. Dans sa maison, elle relit des romans de Simenon, range ses livres, lave son linge, écrit, jardine un peu, chasse les serpents qui s'aventurent dans la cour et vérifie régulièrement si les coupures d'électricité n'ont pas fait pourrir la nourriture dans le réfrigérateur.

Dans son livre, destiné au grand public et pas seulement aux familiers de la politique asiatique, Thierry Falise raconte par le détail les rares visites autorisées à "la Dame de Rangoon": son médecin, un fois par mois, et chaque jour un ami chargé de lui apporter nourriture et produits de première nécessité. Cette liste des courses est remise la veille aux soldats qui gardent sa maison, qui fouillent l'homme à chaque visite et vérifient que les produits correspondent bien à la liste.

Ce livre, préfacé par Jane Birkin qui défend la cause de l'opposante birmane, paraît à l'occasion de l'opération "90 jours pour libérer Aung San Suu Kyi", lancée le 26 février et destinée à "prendre au mot les promesses de la junte" qui, le 27 mai 2006, avait affirmé qu'il la libérerait "dans un an". Plusieurs actions et opérations médiatiques sont organisées d'ici le 27 mai prochain, coordonnées par le site web (assk avec deux "s", comme les initiales de Aung San Suu Kyi). APhttp://www.asskforfreedom.org

- Ed. Florent Massot (300 pages; 19,90 euros)

med/mw




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