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Voici une sélection de quelques ouvrages parmi les dernières parutions:
ROMAN
"Appelle le diable par son nom le plus ancien"
Salie Bissell
Après ses deux premiers romans, "La forêt offensée" et "La justice des ténèbres" (Ed. du Rocher 2005 et 2006), Sallie Bissell, qui vit entre Nashville (Tennessee) et Ashevile (Caroline du Nord), nous offre à présent le troisième volet de sa série qui met en scène l'héroïne Mary Crow, jeune procureur du Sud des Etats-Unis née d'une mère Cherokee et d'un père dont la famille remonte à la fondation de la colonie de la Géorgie. Par son histoire personnelle, la mort de son père et le meurtre de sa mère, la jeune femme s'inscrit non seulement dans la lignée des détectives traditionnels qu'un passé tourmenté porte à lutter contre l'injustice et le crime, mais aussi dans celle des héroïnes de la tragédie classique, incarnant un sombre destin qu'elles tentent d'exorciser. Mary Crow, jeune femme moderne promise à une brillante carrière, possède une dimension encore plus riche et singulière: celle d'un membre d'une tribu indienne, cherchant à concilier au mieux ses deux origines. Sallie Bissell a choisi de donner pour cadre à ses aventures un somptueux décor naturel: la forêt nationale de Nantahala, au coeur d'un paysage de montagnes aux couleurs automnales, qui, à la fois beau et inquiétant, symbolise d'un côté la force de la vie ancestrale, et de l'autre la terreur archaïque d'une puissance maléfique particulièrement à l'oeuvre dans son troisième roman, peut-être encore plus noir que les précédents. Ici, le malheur et la solitude font tendre le personnage de Mary vers une sorte d'épure. L'intrigue, mêlant la poursuite du meurtrier de ses parents à celle d'un ravisseur d'enfants, est d'autant plus poignante, et le suspense encore plus fort. A l'évidence, il y a là un personnage de "méchant" qui incarne le diable dans ce qu'il a de plus terrifiant et de plus archaïque.
Ed. du Rocher (traduit de l'américain par Aline Weill; 285 pages; 22 euros)
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ROMAN
"La châtelaine de Mallaig"
Diane Lacombe
Québécoise née à Trois-Rivières, l'auteur, qui a été journaliste et conseillère en communication, est une amoureuse inconditionnelle de l'Ecosse et du Moyen Age. Sa saga de Mallaig témoigne avec brio de son engagement, de son savoir et de son souci de reconstitution de cette période. L'auteur nous transporte ici en 1424, dans l'Ecosse médiévale, au coeur des Highlands où, à 19 ans, Gunelle Keith, fille d'un armateur prospère d'Aberdeen, est donnée en mariage à Ian MacNèil, fils du chef du clan MacNèil à Mallaig. L'union est purement de circonstance pour tenter de réconcilier deux clans en lutte depuis plusieurs générations. Aussi, la jeune fille perçoit-elle ce mariage comme un désastre. Il lui faudra, en une année, faire l'apprentissage d'une nouvelle langue, combattre l'indignité d'un époux qui la rejette, et subir l'incessante guerre qui se poursuit entre les deux clans. Finira-t-elle par imposer ses valeurs à sa belle-famille marquée par le deuil dans cet univers sauvage et rude, à gagner son estime, et à apprivoiser enfin- son époux? Brossée avec fougue, une superbe description d'une héroïne prisonnière des carcans de son époque et plongée au sein d'une aventure humaine palpitante sur une terre qui, depuis toujours, suscite fascination et passion.
Ed. Presses de la Cité (427 pages; 21 euros)
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POLAR
"Rilke au Noir" suivi de "Dernier appel à Louis McNiece"
Ken Bruen
Ken Bruen, l'un des auteurs clefs du roman noir anglais, annonce la couleur dans son titre. Le célèbre poète autrichien, qui fut un temps le secrétaire de Rodin, aurait été bien surpris de se retrouver là, mais pas du tout le lecteur assidu de Bruen, habitué aux détournements littéraires de l'auteur, qui nous gratifie ici d'une intrigue et d'un décor irrésistibles. Le patron d'une boîte de nuit est kidnappé par le narrateur, lui-même videur dans une boîte, et ses deux complices, un psychopathe et une jeune femme noire, belle et mythomane. En fait, les vedettes du livre sont les quartiers londoniens situés entre Clapham et Stockwell. On y trouve des pubs, de la bière, du whisky, de la dope, de la musique, des poivrots, une femme mûre et accueillante, une pute désirable, des psychopathes, de la poésie, des citations littéraires, bien sûr, des films, un ou deux prêtres, des flics qui vont par deux... Ne vous fiez pas à cet inventaire à la Prévert. L'histoire est un régal, avec son style rapide qui "cogne fort", et son humour décapant. Quant à l'autre texte, l'héroïne, Cassie, qui aime la poésie, de Louis McNiece en particulier, et aussi Cooper, un braqueur qu'elle va rouler dans la farine, il nous ramène à la plus pure tradition du Noir londonien: un roman coup de poing, "noir et crade".
Ed. Fayard (405 pages; 22 euros)
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THRILLER
"A la vie, à la mort"
Helen Fitzgerald
L'auteur, qui a grandi en Australie avec ses douze frères et soeurs, a rencontré au cours d'un tour du monde entrepris à l'issue de ses études, un journaliste italo-écossais, Sergio Casci, qu'elle a épousé. Elle vit aujourd'hui à Glasgow avec leurs deux enfants. Helen Fitzgerald, dont "A la vie, à la mort" est le premier roman, travaille à mi-temps pour une association de réinsertion de prisonniers condamnés à de lourdes peines. Son récit nous fait partager les relations tumultueuses de Krissie et Sarah, qui sont les deux meilleures amies du monde, et que pourtant tout oppose. La première est volcanique alors que la seconde, plus raisonnable, essaie de la protéger de son mieux et de modérer ses emballements. Au cours d'une randonnée en Ecosse, Sarah découvre que son amie a séduit son mari Kyle. Une dispute éclate alors, et les deux femmes en viennent aux mains. Sarah tombe dans un ravin. La croyant morte, Krissie dissimule son corps dans une crevasse, mais rongée par un sentiment de culpabilité, elle se confesse à l'époux de la victime, et tous deux retournent sur les lieux du drame. Or, Sarah n'était qu'évanouie! On imagine la suite. Leur existence va devenir un enfer que l'auteur nous fait vivre ici avec un sens aigu des détails et du suspense. Une ambiance pesante et un dénouement spectaculaire constituent le mélange particulièrement détonnant de ce thriller sulfureux.
Ed. Calmann-Lévy (traduit de l'anglais par Dorothée Zumstein; 239 pages; 16,90 euros)
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LITTERATURE
"Le salaire de la peur" et autres oeuvres
Georges Arnaud
Eclairé par une brillante préface de Gérard Chaliand, voici un livre essentiel pour tous ceux qui ont été fascinés par l'oeuvre de Georges Arnaud, écrivain rebelle, révolté. On y retrouve notamment "Le salaire de la peur", à l'origine d'un film mémorable qu'illustrèrent Montand et Charles Vanel, roman écrit en un mois sur une machine louée, qui lui a ouvert les portes du succès. Mais auparavant, quelle galère! A 23 ans, il est accusé du meurtre de son père et passe dix-neuf mois en prison avant d'être acquitté. Alors qu'il a à peine 30 ans, Henri Girard qui deviendra Georges Arnaud-, embarque pour l'Amérique du Sud avec 300 dollars en poche. Il va y exercer tous les métiers, de barman à camionneur, en passant par géomètre, chauffeur de taxi, chercheur d'or. Deux années après s'être exilé au Guatemala, il rentre en France en rapportant de cette vie singulière de quoi nourrir ses romans d'aventure. Suivront alors "Le voyage du mauvais larron", "Les oreilles sur le dos" et les nouvelles de "La plus grande pente". Ces ouvrages mettent en scène, dans des contrées toujours au bord d'une révolution, des hommes délaissés, truands ou baroudeurs, faux héros perdus dans la crasse et la chaleur. Outre ces romans picaresques, voire gouailleurs, on découvrira avec intérêt deux textes importants: "Prison 53", reportage effroyable sur l'univers carcéral en France, et "Mon procès", compte rendu de la célèbre affaire qui, sur fond de guerre d'Algérie, opposa les autorités au monde journalistique, dont Georges Arnaud, personnage haut en couleurs et sympathisant du FLN, se fit le héraut. Exilé à nouveau, d'abord à Alger, puis en Espagne, il collabora à de nombreux journaux dont "Combat", "Le Monde", "L'Express", "France Soir", "Les Lettres françaises", "El Moudjahid", "Révolution africaine". Il est mort en 1987 à Barcelone.
Ed. Omnibus (988 pages; 28 euros)
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DOCUMENT
"Contre-espionnage algérien": notre guerre contre les islamistes
Abdelkader Tigha (avec Philippe Lobjois)
"Je m'appelle Abdelkader Tigha. J'ai 34 ans, je suis sergent-chef au contre-espionnage algérien. J'ai été trahi, mais je suis toujours vivant". Ainsi commence cet extraordinaire document dans lequel l'auteur nous dit bien des choses sur les ombres et les lumières de son service. Nous sommes en 1991. La guerre des Groupes islamistes débute en Algérie. L'auteur rejoint le contre-espionnage algérien, chargé entre autres de les combattre. A 29 ans, il entend servir son pays en contrant la menace terroriste. Dès lors, il connaîtra l'horreur d'un quotidien dont il ne sortira pas indemne: huit années de lutte durant lesquelles il connaîtra les attentats et cohabitera avec la torture, les disparitions, les escadrons de la mort. Un frère assassiné, un autre grièvement blessé, le malheur ne l'épargne pas. Il ira pourtant jusqu'au bout de ses forces, jusqu'à l'extrême limite de son énergie, sans cesse ballotté entre la peste et le choléra. Mais le dégoût finit par s'emparer de lui, et il décide de fuir son pays. Traqué par son propre service il se lance dans une épuisante course contre la montre contre la mort, aussi. De Tunis à Tripoli, de Damas à Amman, les hommes du contre-espionnage algérien mettent tout en oeuvre pour le récupérer. Tigha est dangereux; il en sait trop sur les manipulations de son ancien service, trop sur les escadrons de la mort, trop sur les innocents qu'on élimine et même sur l'exécution des moines de Tibbhérine. En Thaïlande, il est reçu par les services secrets français qui, après avoir pris son témoignage, l'abandonnent aussitôt sur la pression d'Alger. Une manipulation lui vaudra d'être incarcéré durant trois ans à Bangkok. Sa liberté retrouvée, il peut enfin se délivrer d'une histoire authentique, celle d'un homme homme traqué qui n'a plus rien d'autre à perdre que sa vie. Avec l'aide de Philippe Lobjois, reporter de guerre, journaliste d'investigation, il nous offre ici une plongée à couper le souffle dans les coups tordus de la guerre civile algérienne. AP
Nouveau monde éditions (295 pages; 19 euros)
ryq/se/mw/tl
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