Accès aux services
Login :  
Mot de passe :  
Mot de passe oublié ?

Inscrivez-vous GRATUITEMENT


actu & culture


PARIS - mardi 20 octobre 2009 à 15h00

En se moquant des stéréotypes sur les peuples, Astérix est une critique de l'éthnocentrisme, selon Nicolas Rouvière



A l'occasion des 50 ans d'Astérix et Obélix, Nicolas Rouvière, chercheur en littérature populaire et de jeunesse, explique les raisons du succès de la série et propose une grille de lecture sociale, politique et même psychanalytique des aventures des deux Gaulois. En se moquant des stéréotypes et des clichés sur les peuples, la BD est une critique vivante et universelle de l'ethnocentrisme, dit-il dans un entretien à l'Associated Press.

AP: Malgré ses cinquante ans, la série Astérix et Obélix se vend-elle toujours bien?

Nicolas Rouvière: "En France comme à l'étranger, c'est une bande dessinée encore très en vogue. Outre un effet de collection des albums, la nostalgie, la fidélité, la curiosité demeurent. Il y a un attachement à cette série depuis plusieurs générations, avec un public qui se renouvelle, grâce à la bonne diffusion des albums, notamment en bibliothèques, mais aussi au travail de promotion des éditions Albert-René et un important réseau d'éditeurs à l'international. Le lectorat étranger ne cesse de grandir. Parfois même, comme en Allemagne, cela dépasse le succès français".

AP: Qu'est-ce qui plaît tant dans Astérix et Obélix?

Nicolas Rouvière: "En premier lieu le graphisme extrêmement lisible d'Uderzo, très influencé par le style Disney, un comique qui fonctionne à plein, une jubilation à représenter des scènes de bagarres (ce qui plaît beaucoup aux enfants) dans une dimension pulsionnelle, mais non-violente car les corps sont dématérialisés.

Ensuite, grâce à la grande culture de Goscinny, il y a des niveaux de lecture et de comique pour tous les publics. Les clichés et références françaises et étrangères (spécialités culinaires, lieux touristiques, institutions...) sont transposés à l'époque gallo-romaine, ce qui crée une proximité avec le lecteur. Plus encore, ces stéréotypes sont parodiés, moqués et dépassés, portant une critique du chauvinisme et de l'ethnocentrisme, d'où une certaine portée universelle de l'oeuvre. Notamment du fait des origines étrangères des auteurs, c'est la question de la frontière entre 'barbare' et 'civilisé' qui revient dans toute l'oeuvre".

AP: Y a-t-il d'autres niveaux de lecture?

Nicolas Rouvière: "Selon les albums, surtout ceux parus après 1968, les adultes peuvent aussi trouver une dimension satirique dans certaines dérives de la société: marketing politique (Obélix et Compagnie), grands ensembles urbanistiques (Le Domaine des Dieux), réseaux mafieux commerciaux (Astérix aux Jeux Olympiques), opacité bancaire (Astérix chez les Helvètes)...

Enfin, il y a une lecture politique décrivant différents modèles de société: le village d'Astérix est la petite démocratie turbulente, République laïque, avec comme idéal l'éducation; l'Empire Romain de César est la représentation de l'Etat autocratique, l'Egypte de Cléopâtre, un Etat théocratique; enfin les peuples barbares, comme les Goths, représentent les sociétés totalitaires, et symbolisent les Nazis".

AP: Quelles sont les raisons profondes du succès d'Astérix?

Nicolas Rouvière: "En France, le succès de la série, née en 1959, tient d'abord à une concomitance avec l'aspiration populaire à célébrer la Résistance, conjuguée à la reprise du mythe gaulois des origines, extrêmement populaire depuis sa diffusion dans les manuels scolaires, mais vidé de ses connotations nationalistes.

Pour l'étranger, comme dans de nombreux mythes, c'est sans doute le thème universel de la résistance du petit contre le fort, d'un milieu local contre une puissance impérialiste et l'uniformisation forcée, qui touche les lecteurs".

AP: Quel est votre personnage préféré dans la BD?

Nicolas Rouvière: "Le personnage le plus complexe et le plus intéressant est sans conteste celui d'Obélix, dont j'ai développé une lecture psychanalytique. Naïf, complexé, Obélix est la figure de l'enfant, qui se construit au fur et à mesure des épisodes, qui, partant d'un réflexe ethnocentré ("Ils sont fous ces..."), va apprendre le flamenco ou la taille des menhirs à l'égyptienne au fil de ses voyages, et s'ouvrir à l'autre. Le mystère du jour où il est tombé dans la marmite de potion magique est celui de sa seconde naissance, symbole de sa séparation avec le narcissisme infantile, aidé en cela par le druide, figure du père".

Nicolas Rouvière est maître de conférence à l'IUFM de Grenoble, auteur de deux ouvrages: "Astérix ou les lumières de la civilisation" (PUF/Le Monde, 2006) et "Astérix ou la parodie des identités" (Flammarion, 2008). Il prépare un troisième livre consacré à la figure d'Obélix, et interviendra lors du colloque sur Astérix le 30 octobre à l'Institut du monde anglophone. AP

lat/mw




Rechercher #iFrance#