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Farouk Hosni, ou l'homme qui fait polémique. Le scrutin se poursuivait vendredi pour désigner le nouveau directeur-général de l'UNESCO, et c'est le ministre de la culture égyptien qui en est le grand favori, au grand dam de ses nombreux détracteurs.
Farouk Hosni, qui en son temps menaça de brûler tous les livres israéliens s'il en trouvait dans la bibliothèque d'Alexandrie, est aux commandes de la culture -et donc grand patron de la censure- en Egypte depuis 22 ans.
Qu'il prenne la tête de l'organisation onusienne pour la culture et l'éducation basée dans la capitale française déclenche donc les critiques. Mais l'élection en cours se déroule à bulletins secrets, et pourrait aller jusqu'à cinq tours de scrutin.
Huit autres candidats sont en lice pour succéder au Japonais Koichiro Matsuura, en poste depuis 1999, pour un mandat de quatre ans, dont l'actuelle Commissaire européenne aux relations extérieures, l'Autrichienne Benita Ferrero-Waldner.
Nombre de pays-membres de l'UNESCO, Etats-Unis et France compris, n'ont pas annoncé officiellement quel candidat avait leur faveur. Mais Hosni est qualifié de favori, ayant officiellement le soutien de la Ligue arabe, de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA) et de l'Organisation de la conférence islamique (OCI). Même si individuellement, les pays-membres ne sont pas tenus par le soutien des organisations.
Pour être élu, le candidat doit décrocher 30 voix sur les 58 que compte le bureau exécutif de l'UNESCO. Aucun ressortissant d'un pays arabe n'a jamais occupé ce poste et l'Egypte y tient dur comme fer.
L'UNESCO, autrefois regardée de travers pour sa mauvaise gestion, s'est refait une réputation ces dernières années sous la houlette de son directeur-général sortant: Matsuura a nettoyé la maison et a même réussi à y faire revenir les Etats-Unis, qui en avaient claqué la porte en 1984, en dénonçant la corruption et l'anti-occidentalisme qui y régnaient alors.
Israël, au plus haut niveau, a fini par lever ses objections à la candidature de Hosni, lequel bataille cependant depuis des mois contre les accusations d'antisémitisme, bien que s'étant excusé de ses propos menaçant les livres israéliens d'autodafé... Il a rappelé le contexte d'alors: des propos prononcés au Parlement alors qu'il était pris à partie par des députés islamistes, et sa colère liée à la question palestinienne.
Il affirme aujourd'hui que le thème de sa candidature est la réconciliation, "entre religions, entre l'homme et la nature, et bien sûr entre tous ceux qui sont divisés".
Pour survivre si longtemps dans un pays comme l'Egypte, cet apparatchik qui à 71 ans est le doyen des ministres du gouvernement a en tous cas beaucoup slalomé, entre conservateurs et progressistes.
Un pur profil d'opportuniste, maître dans l'art de l'esquive et du louvoiement, jugent donc ses détracteurs, selon lesquels il a adapté son discours pour séduire la communauté internationale, depuis qu'il a décidé de briguer l'UNESCO: en avril par exemple, changeant son fusil d'épaule, il a apporté son soutien à l'invitation du chef d'orchestre israélien Daniel Barenboim au Caire.
"Il est le prototype du ministre de dictature. Il peut défendre une chose et son contraire parfait. Ce qui compte, c'est qu'il garde son poste", accuse Alaa al-Aswany, auteur du cultissime "Immeuble Yacoubian" et commentateur acéré de la vie culturelle égyptienne.
Hosni, qui est également peintre, semble parfois très libéral dans une Egypte de plus en plus conservatrice, comme lorsqu'il a l'année dernière déclenché un tollé en estimant que le voile islamique symbolisait le "retard" de la société. Mais il a aussi censuré sans états d'âme livres et films pour plaire aux islamistes et se refuse à toute normalisation culturelle avec Israël.
La sortie sur l'autodafé n'est pas le seul dérapage en la matière du candidat du président Hosni Moubarak, loin de là. Des personnalités juives, dont le prix Nobel Elie Wiesel, le philosophe Bernard-Henri Levy et le réalisateur Claude Lanzmann voient en lui un "danger": dans une lettre de protestation en mai, ils ont rappelé qu'en 2001 il avait notamment qualifié la culture israélienne d'"inhumaine" et "raciste". AP
nc/v
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