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Incarner un super héros sur grand écran paraît simple. Il suffirait d'endosser un joli costume fait sur mesure, de ceux qui font rêver les petits garçons, se faire maquiller, faire semblant de se battre, et ânonner quelques morceaux de dialogues ici et là? Pas vraiment.
Il y a d'abord la complexité des super héros, leur double personnalité à la Dr Jekyll et Mr Hyde, bref leur différence qui en fait des personnages difficiles à jouer, marqués, en souffrance, en tension permanente. Puis il y a le rythme du film, des scènes d'action qui s'enchaînent en permanence, une pléthore d'effets spéciaux et d'artifices technologiques qui force l'acteur à jouer sans filet, devant un écran vert, avec son imagination comme seule source de créativité.
Ils sont pourtant quelques uns à relever le défi chaque année, mais peu à laisser une marque indélébile sur leur personnage de super héros, comme Jack Nicholson pour son incarnation du "Joker" de "Batman", Christian Bale en Batman, Robert Downey Junior, brillant en "Ironman" cabotin, ou dans une certaine mesure, Tobey Maguire alias Peter Parker dans "Spiderman".
A cette liste, s'ajoute désormais le nom d'un autre acteur, Edward Norton. Sa performance et son charisme, alliés à la maîtrise du réalisateur français Louis Leterrier, relancent la franchise Hulk des studios Marvel avec un superbe film. "L'incroyable Hulk " (sortie mercredi dans les salles en France) explose tout sur son passage...
Réfugié dans l'anonymat d'une ville brésilienne, Bruce Banner (Edward Norton) cherche désespérément à trouver un antidote aux radiations Gamma qui l'ont transformé pour donner naissance à Hulk. Le jeune scientifique s'est transformé en un homme fatigué, traqué, épuisé par sa fuite. Il vit dans l'ombre, ne reste jamais longtemps au même endroit, et se contente de peu. Comme dans cette favela, où il a trouvé un emploi d'ouvrier à la chaîne, dans une usine de conditionnement de bouteilles.
Toujours amoureux de la belle Betty Ross (Liv Tyler), Bruce Banner se refuse à rentrer aux Etats-Unis tant qu'il n'aura pas guéri des effets de cette irradiation. La solution pourrait se trouver entre les mains d'un inconnu, un certain "Mister Blue" qui tente de mettre au point un remède à partir des données physiques que Bruce lui envoie régulièrement. Mais en attendant, le jeune ingénieur tente de maîtriser sa colère. Méditation, capoeira, respiration abdominale: Bruce apprend toutes les méthodes possible pour gérer sa condition, contrôler son rythme cardiaque et ces excès de rage qui font de lui un monstre, une créature d'une violence inouïe et sans véritable conscience.
C'est justement de cette force inhumaine et destructrice dont rêve le père de Betty, le général Thaddeus "Thunderbolt" Ross (William Hurt). Le militaire a recruté un nouveau bras droit, le mercenaire Emil Blonsky (Tim Roth). Sa mission est simple: retrouver Bruce Banner, utiliser son pouvoir à des fins militaires, développer un sérum pour créer un nouveau soldat, superpuissant.
Poursuivi par des commandos surentraînés, du Brésil aux Etats-Unis, Bruce Banner va devoir sauver sa peau, celle de son ex-fiancée Betty et de son alter ego, "Hulk", sans savoir s'il parviendra un jour à retrouver sa vie d'avant.
Oublié l'échec relatif du premier "Hulk", réalisé par Ang Lee, oubliée la performance un peu pataude d'Eric Bana, oubliées les angoisses freudiennes du professeur Banner et ses démêlés avec son père.
On craignait la réalisation du petit Frenchie Louis Leterrier dont la filmographie laissait à désirer ("Le transporteur", "Danny The Dog"). On craignait aussi une version pop corn et mièvre de Hulk, en super héros vert en caoutchouc, plus apte à inspirer des enfants de cinq ans que des adultes et adolescents. Mais le deuxième volet de la franchise Marvel offre une surprise de taille: "L'incroyable Hulk " cartonne.
Les scènes d'action sont monumentales, parfois filmées avec des grues télescopiques de plusieurs mètres, en plans extra larges, parfois filmées dans la pénombre et l'obscurité avec seuls quelques jets de couleur verte pour suggérer Hulk. Tournées en décors réels et en studios, à Toronto, Rio de Janeiro et dans la forêt de Tijuana, les séquences s'enchaînent avec fluidité sur un dialogue efficace, réécrit et retravaillé par Edward Norton. L'acteur américain confirme sa capacité à muer pour se transformer en son personnage ("American History X") et son attirance pour les personnages schizophrènes ("Fight Club").
Il incarne ainsi un Bruce Banner vulnérable, touchant, un aspect accentué par la fragilité physique d'Edward Norton, sa silhouette frêle et sa dégaine de "geek" mal habillé. Mais son personnage s'impose aussi par sa détermination, sa résolution à guérir son mal. Car le film de Louis Leterrier ne se contente pas d'offrir de l'action et une plastique irréprochable, il creuse l'aspect psychologique du premier "Hulk" pour entrer dans l'intimité du Professeur Banner/Hulk. Avec de belles références, Dr Jekyll et Mister Hyde, Frankenstein, King Kong, et des clins d'oeil marrants à la franchise, du créateur Stan Lee à l'acteur Lou Ferrigno, incarnation du monstre vert sur petit écran.
Au final, le résultat est époustouflant.
Le super héros Hulk est enfin né. AP
med/sb
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