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Le meilleur trajet d'un point à un autre n'est pas toujours la ligne droite. Pour aller de Paris à Rome en traversant une France en pleine grève des transports, Charles Berling et Patrick Timsit font l'école buissonnière et prennent, bien malgré eux, des chemins de traverse dans le film de Frédéric Andréi "Par suite d'un arrêt de travail" (ce mercredi sur les écrans français).
Marc Roux (Timsit), cadre ambitieux dans une entreprise de transports, doit partir pour Rome pour y signer, le lendemain matin, un contrat important pour sa carrière. Mais une grosse grève des services publics paralyse le trafic ferroviaire et il n'a pas d'autre solution que de partir en voiture.
Il ne se sent cependant pas capable de conduire seul aussi longtemps d'une seule traite et, sur le quai de la gare de Lyon avant de prendre la route, il rencontre Vincent Disse (Berling), un artiste un peu affabulateur qui, comme lui, veut aller à Rome. Il lui propose donc de faire la route ensemble, dans sa Mercedes.
Dans ce covoiturage improvisé, tous deux vont donc partager le volant et la conversation. Et pourtant tout semble les opposer. L'homme d'affaires est carriériste, énervé, de droite, scandalisé par la grève, plutôt antipathique. Le saltimbanque est décontracté, ouvert, de gauche, défenseur du droit de grève, plutôt sympathique.
De cette double caricature de personnages, point de départ du film, le réalisateur va faire un duo insolite mais dont les différences vont peu à peu mener vers une compréhension mutuelle. Le premier n'est pas si antipathique que cela, et le second est moins sympathique qu'il n'y paraît, finalement. Le voyage en voiture sera semé de rebondissements et d'événements non prévus et les deux hommes vont rester ensemble, malgré les obstacles. "On n'a pas la même façon de voyager mais on va au même endroit", résume Charles Berling...
Avant un premier film comme réalisateur en 1986 ("Paris-Minuit"), Frédéric Andréi avait été acteur: c'était lui, notamment, le petit facteur du film "Diva" de Jean-Jacques Beineix en 1980. Il a ensuite tourné beaucoup de documentaires pour la télévision et est devenu également producteur, avant de se lancer à nouveau dans la réalisation.
Son film, comédie en forme de "road movie", situe son scénario sur fond de mouvements sociaux qui éclatent de tous côtés: tout au long de l'histoire, grèves et manifestations se succèdent chez les routiers, les infirmiers, les agriculteurs, les intermittents du spectacle, etc. Un vrai catalogue du mécontentement social à prendre parfois au second degré.
Pourtant, le film "n'est pas militant", affirme le réalisateur. Mais "il s'inscrit dans la réalité sociale française. On a eu un mouvement social fort tous les deux mois depuis le début de l'année. Les faits rattrapent donc totalement la fiction abordée dans le film. L'affiche 'Gasoil trop cher' présente à l'écran a été fabriquée spécialement pour le tournage. Or, c'est la revendication principale du moment"...
Loin d'être seulement un message politique, "Par suite d'un arrêt de travail" est un film agréable et bien ficelé, dont la qualité principale est de ne jamais aller là où on l'attend et de réserver des surprises -souvent peu vraisemblables, d'ailleurs.
C'est surtout une jolie histoire de duo improbable et de tissage de liens d'amitié entre deux personnages antagonistes. "L'idée, c'était de voir ce qui se produit quand deux personnes, l'une de droite et l'autre de gauche, se rencontrent par hasard et sont obligées de partager un bout de chemin ensemble", explique Frédéric Andréi. "J'avais envie de raconter une histoire sur un ton plutôt pince-sans-rire, de dépeindre l'époque chaotique dans laquelle on vit, de traiter de la problématique de tout un chacun dans une période de crise. Car aujourd'hui, on a un peu tous perdu nos repères". Mais en fin de compte, tous les chemins mènent à Rome. AP
med/mw
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