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actu & culture


PARIS - lundi 23 juin 2008 à 12h00

"Bons baisers de Bruges": voir Bruges et mourir, drôle d'endroit pour un polar...



Pour ceux qui n'y sont jamais allés, c'est plutôt joli, Bruges. Enfin joli, si on aime le genre médiéval, moitié conte de fées, moitié ambiance austère à la flamande. Des châteaux, des canaux, des moulins, des cygnes et des petits cafés. On imagine déjà de gentils Américains s'extasier à chaque coin de rue, sur cette adorable maison par-ci, cette charmante ruelle par-là...

"La première fois que j'ai visité Bruges il y a quatre ans, j'ai éprouvé au sujet de cette ville des sentiments contradictoires", raconte le cinéaste britannique Martin McDonagh. "J'ai alors imaginé deux personnages ayant chacun une vision très différente de cette cité, et je me suis mis à écrire sur eux en les mettant en scène dans différents lieux de la ville".

Jusqu'ici rien de neuf, sauf que cet auteur-réalisateur issu du théâtre anglais a choisi Bruges comme écrin pour un polar, un polar drôle et désenchanté, où les tueurs à gages sont suicidaires, où les acteurs nains sniffent de la kétamine, où les skins homosexuels se prennent des raclées, et où personne, mais alors personne ne pratique le politiquement correct.

Imaginez quelques secondes les tueurs de Tarantino échappés de "Pulp Fiction" pour des vacances forcées à Bruges, la dégaine et l'accent irlandais en prime. Cela donne "Bons baisers de Bruges" (sortie mercredi dans les salles en France), une bouffée d'air frais dans le monde du polar et un vrai moment de surréalisme comique au cinéma.

Après un contrat qui a mal tourné à Londres, deux tueurs à gages reçoivent l'ordre d'aller se faire oublier quelque temps à Bruges. Rongé par l'échec et la culpabilité, le jeune Ray (Colin Farrell) déteste la ville, toute la ville, ses canaux, ses rues pavées, ses touristes et ses airs de Disneyland... Le vieux Ken (Brendan Gleeson), au contraire, se laisse doucement gagner par le calme et la beauté de Bruges, mais garde l'oeil sur son jeune compagnon...

Alors qu'ils attendent désespérément l'appel de leur employeur hystérique, leur séjour forcé les conduit à faire d'étranges rencontres avec des habitants et des touristes à travers la ville... Parmi eux, un acteur américain nain qui tourne un film européen, quelques prostituées et une jolie Belge, Chloé (Clémence Poésy), qui pourrait bien cacher quelques secrets aussi sombres que les leurs... Quand le patron Harry (Ralph Fiennes) finit par appeler d'Essex, pour envoyer Ken en mission, les vacances se transforment en une course-poursuite surréaliste dans les rues de la ville.

Premier long métrage de Martin McDonagh, "Bons baisers de Bruges" fonctionne de la même manière que les pièces de théâtre de cet auteur-metteur en scène à succès: des situations improbables, des dialogues insolents et des personnages attachants, Ray et Ken.

"Ces deux hommes ont une certaine pureté en eux, dans leur humour et leur façon de voir le monde. Bien sûr, ce sont des tueurs, mais ce ne sont pas des monstres pour autant", explique Colin Farrell ("Miami Vice", "Le rêve de Cassandre"), plutôt à l'aise dans cette comédie policière déjantée. "Un réalisateur un peu cynique aurait facilement pu en faire des monstres", renchérit Brendan Gleeson ("Kingdom of Heaven", "Harry Potter et l'ordre du Phénix"). "C'est là que le travail de Martin prend toute sa valeur (...) Voir une des oeuvres de Martin, c'est se rendre compte qu'on est incapable de se détacher des personnages et de les regarder à distance, ou de les mépriser".

Passé maître dans l'art de l'absurde et de l'humour noir, le trentenaire Martin MacDonagh est arrivé à reproduire sur grand écran ce qu'il a déjà accompli sur scène. Avec des hommages à des auteurs et cinéastes de génie, de Harold Pinter à Orson Welles, et des clins d'oeil provocants à souhait. Au point de mettre face à face Clémence Poésy, Brendan Gleeson et Ralph Fiennes, trois acteurs de la franchise Harry Potter, et de pousser la plaisanterie jusqu'à appeler le personnage de Ralph Fiennes (alias "Voldemort") "Harry". Une valeur sûre pour les spectateurs qui aiment être surpris, y compris à Bruges. AP

med/mw




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