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actu & culture


KABOUL - mercredi 23 avril 2008 à 18h14

La fronde des chaînes afghanes contre l'interdiction des séries télévisées indiennes



Chaque soir, Roya Amin s'installe devant son poste de télévision avec son mari et sa fille de deux ans, et dès que commence leur série indienne préférée, ils poussent un soupir de soulagement.

Les "soaps" indiens, entre amour et glamour, sont extrêmement populaires chez les Afghans, mais le gouvernement tente d'interdire ces séries télé, jugées anti-islamiques et néfastes pour la bonne marche de la scolarité des enfants. Ce conflit est le signe des tensions croissantes entre les conservateurs religieux et les libéraux de l'ère post-talibane.

Le ministre de l'Information et de la Culture avait fait parvenir un décret à quatre chaînes de télévision, visant à retirer des ondes cinq séries indiennes d'ici au 14 avril. Dans un premier temps, seule Noorin TV a suspendu la série "Waiting".

Une seconde directive ministérielle est arrivée à échéance mardi: Ariana TV a cette fois obtempéré en arrêtant la diffusion de "Kum Kum", série relatant les amours compliquées d'une veuve, courtisée par son amoureux d'enfance et qui choisit au bout du compte de se remarier avec le frère de feu son époux.

Le ministre menace désormais de lancer des actions en justice contre les chaînes récalcitrantes, qui accusent quant à elles le gouvernement de vouloir re-talibaniser l'Afghanistan. "Nous pensons que la diffusion des séries indiennes est autorisée par la loi, nous continuerons donc à les diffuser", a déclaré Saad Mohseni, le propriétaire de Tolo TV. "Des millions de gens regardent ces programmes tout les soirs".

Depuis six ans, et la chute des talibans qui avaient tout bonnement interdit la télévision, les Afghans, profitant de l'éclosion de nombreuses chaînes privées, se sont découvert une passion pour ces séries "made in Bollywood".

Le député qui dirige la commission des infractions médiatiques Ali Ahmad Fakor, juge que les Afghans pourraient être corrompus par ces scènes montrant des Indiens en train de vénérer des dieux hindous, ou ces scénarios où des femmes divorcent pour se remarier, pratique inacceptable en Afghanistan.

Il affirme avoir reçu des centaines de plaintes de parents inquiets. "Les gens sont occupés à regarder des séries, ce qui empêche les enfants de faire leurs devoirs", insiste M. Fakor. "Nous sommes contre la talibanisation, mais en tant que pays islamique, c'est notre devoir d'empêcher que ces programmes éloignent nos enfants de leurs études".

Interrogé lundi sur ce délicat sujet, le président Hamid Karzai s'est un peu empêtré dans sa réponse: "Nous croyons à la liberté d'expression... mais comme dans d'autres pays, nous voulons que nos programmes télévisés entrent dans le cadre de notre culture". Il a également estimé que l'Afghanistan devrait produire ses propres séries.

Signe de l'importance du problème, la diffusion des "soaps" indiens a même été débattue mardi au Parlement. De son côté, le porte-parole du ministère de l'Information Hameed Nasery a averti que les chaînes qui résisteraient seraient suspendues.

En dépit de l'interdiction, Tolo TV continuait mardi soir la diffusion des "Défis de la vie" et de "A une époque ma belle-mère était fiancée". La chaîne a toutefois pris soin de flouter les scènes avec des idoles hindoues et a même couvert le cou et les épaules dénudés des actrices indiennes.

"Les gens dans d'autres pays ont d'autres moyens pour s'amuser, mais nous nous n'avons rien", explique Amin, 23 ans, qui admet être complètement fanatique de trois séries indiennes. Selon elle, ces émissions ne dépravent pas les Afghans, mais "donne de bonnes leçons de vie", et apprennent à éviter les problèmes auxquels leurs personnages favoris sont confrontés.

"Je vois qu'une simple erreur peut ruiner un mariage", dit-elle. "Je ne ferai pas les même erreurs". AP

ten/v/nc




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