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BUENOS AIRES - jeudi 26 avril 2007 à 13h53

La justice argentine annule l'amnistie de deux anciens responsables de la dictature


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La justice argentine annule l'amnistie de deux anciens responsables de la dictature militaire. La cour fédérale, dont la décision a été annoncée mercredi soir, estime que l'amnistie est "inconstitutionnelle", et que les deux hommes doivent retourner en prison pour effectuer leur peine de détention à perpétuité pour crimes contre l'humanité.

L'ancien président Jorge Videla et l'ex-amiral Eduardo Massera étaient les deux leaders de la junte militaire entre 1976 et 1983, qui a mené la "sale guerre" contre les opposants. Plus de 9.000 personnes ont été tuées, selon les chiffres officiels, alors que les organisations humanitaires évoquent plus de 30.000 victimes.

Condamnés à la perpétuité en 1985 avec le retour de la démocratie en Argentine, Videla et Massera ont bénéficié cinq ans plus tard de la grâce du président Carlos Menem. Il avait décidé de leur remise en liberté dans un geste qualifié de "réconciliation nationale".

La décision de mercredi, lue à l'Associated Press par un greffier de la cour pénale fédérale, a jugé ces amnisties "inconstitutionnelles". Mais elle peut faire l'objet d'un appel.

Les trois autres responsables militaires condamnés avec Massera et Videla, Orlando Agosti, Roberto Viola et Armando Lambruschini, décédés depuis, ne sont pas mentionnés dans la décision.

Videla a été reconnu coupable de 66 homicides, de torture sur 93 autres personnes et de détention illégale de plus de 300 autres. Quant à Massera, il a été condamné pour trois meurtres, torture sur 12 personnes et détention illégale de 69 dissidents.

La grâce accordée par Menem, qui avait alors déclaré qu'elle "tournerait une page noire et triste de l'histoire de l'Argentine", avait provoqué un tollé à l'époque.

Le gouvernement du président Nestor Kirchner, qui a décrété la fin de l'impunité pour les crimes commis sous la dictature, a rouvert des centaines de cas de violations des droits de l'homme, depuis l'arrêt de la Cour suprême de 2005 annulant les lois d'amnistie des années 80 (dites du "Point final" et de l"'Obéissance due", votées sous pression de l'armée sous la présidence du radical Raul Alfonsin) dont avaient bénéficié des centaines de responsables de la "sale guerre".

Agé de 81 ans, Videla est actuellement assigné à résidence dans l'attente de son procès pour des faits non-couverts par l'amnistie, le vol de bébés de dissidentes emprisonnées, confiés à l'époque à des proches de la dictature.

Mardi dernier, un tribunal argentin a refusé son extradition vers l'Allemagne, qui enquête sur le meurtre d'un activiste allemand en 1977. L'Espagne réclame pour sa part l'extradition de Massera.

Victime d'une attaque cérébrale en 2002, Massera a lui été reconnu par la justice incapable intellectuellement d'assister à son procès. Ces affaires de bébés volés auront permis, dans un premier temps, de contourner les lois d'amnistie pour s'en prendre aux membres de la junte.

Cependant, la décision de mercredi aura "peu de conséquences pratiques, parce que ces personnes sont poursuivies ou détenues dans d'autres dossiers", a constaté le défenseur des droits de l'homme Horacio Verbitsky.

En 1976, les militaires avaient renversé la présidente Isabelita, veuve de Juan Domingo Peron auquel elle avait succédé. Videla est resté président de facto jusqu'en 1981. L'armée a rendu le pouvoir aux civils en décembre 1983 après la défaite argentine face à la Grande-Bretagne lors de la guerre des Malouines. AP

ljg/v0873/nc




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