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Les anti-IVG marquent un point aux Etats-Unis: la Cour suprême a jugé constitutionnelle la première loi fédérale imposant une restriction sur l'avortement depuis 1973. Même avec un Congrès démocrate, la tâche s'annonce désormais difficile pour ceux qui s'efforcent de préserver le droit des femmes à choisir de mener ou non leur grossesse à terme.
La décision de mercredi confirme les pires craintes des défenseurs du droit à l'avortement -et les plus grands espoirs de leurs adversaires- qui craignaient que les nominations conservatrices opérées par George W. Bush au sein de la plus haute instance juridique du pays n'ouvrent la voie à des remises en cause de l'IVG.
Alors que l'avortement reste l'objet d'un vif débat aux Etats-Unis, chacun s'attend désormais à voir fleurir dans les différents Etats de nouvelles lois restreignant l'avortement, qui auront sans doute moins de chances d'être cassées par la Cour suprême remodelée par le président républicain.
Mercredi, la Cour a jugé, par 5 voix contre 4, que la loi fédérale interdisant une méthode spécifique d'avortement tardif, adoptée par le Congrès et promulguée par Bush en 2003, ne violait pas le droit constitutionnel des femmes à l'avortement.
C'est la première fois, depuis que cette instance a reconnu le droit à l'avortement, via l'arrêt Roe contre Wade en 1973, que les juges estiment que la Constitution américaine permet d'interdire au niveau national une méthode spécifique d'avortement.
La loi de 2003, qui n'a jamais été appliquée dans l'attente de l'issue de la bataille juridique, interdit la méthode dite par dilatation et extraction, que les anti-IVG appellent "méthode par naissance partielle", généralement utilisée pour interrompre les grossesses au second et troisième trimestres.
La Cour suprême a jugé constitutionnelle la loi de 2003, bien qu'elle ne contienne pas d'exception pour le cas où la santé de la mère est menacée. "La loi ne doit pas donner aux médecins pratiquant l'avortement un choix illimité dans le cadre de leur pratique médicale", écrit le juge Anthony Kennedy, auteur de l'arrêt.
L'arrêt a également reçu le soutien des deux juges nommés par Bush, John Roberts et Samuel Alito, ainsi que d'Antonin Scalia et Clarence Thomas. La juge Ruth Bader Ginsburg a contesté cette décision qui "ne peut être comprise que comme un effort pour rogner un droit proclamé encore et encore par cette cour".
Pour George W. Bush, la décision témoigne des progrès réalisés par son administration afin de défendre "le caractère sacré de la vie". "Je suis satisfait que la Cour suprême ait maintenu une loi qui interdit la procédure atroce de l'avortement par naissance partielle", a-t-il déclaré, se félicitant que les juges montrent que "la Constitution ne se met pas en travers du chemin des représentants du peuple lorsqu'ils font des lois reflétant la compassion et l'humanité de l'Amérique".
Pour Douglas Johnson du Comité national pour le droit à la vie, groupe anti-IVG, l'arrêt est un "encouragement supplémentaire" donné aux parlementaires locaux et fédéraux pour qu'ils adoptent des lois sur un "consentement informé" des femmes.
"La cour a donné aux parlementaires anti-IVG le feu vert pour ouvrir les vannes et lancer de nouvelles attaques sur l'avortement légal et sûr, sans considération pour la santé des femmes", déplorait pour sa part Nancy Keenan, présidente de NARAL Pro-Choice America, une association de défense du droit à l'avortement.
Pour Kim Gandy, président de l'Organisation nationale pour les femmes, également "pro-choice", les juges n'attendent qu'une occasion pour revenir sur l'arrêt Roe contre Wade. Et selon lui, il s'agit de la décision la plus politique de la Cour suprême depuis l'arrêt Bush contre Gore, en 2000, qui avait permis la victoire de George W. Bush à la présidentielle.
La sénatrice démocrate Dianne Feinstein a elle dénoncé "le premier grand pas en arrière", vers l'époque où l'avortement était illégal. Des parlementaires démocrates préparent une riposte au Congrès, mais doivent déjà reconnaître que les défenseurs du droit à l'avortement ne sont pas en mesure de l'emporter au Capitole. "C'est un Congrès démocrate, mais ce n'est pas un Congrès pro-choice", résume M. Gandy.
D'après les sondages, les Américains sont partagés presque équitablement sur l'avortement en général, mais une vaste majorité soutient les restrictions sur certaines méthodes. AP
sb/v/nc
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