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actu & culture


QUITO - lundi 15 janvier 2007 à 19h25

Rafael Correa investi président de l'Equateur


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Nouveau symbole de la poussée de la gauche en Amérique latine, l'économiste Rafael Correa, ami du Vénézuélien Hugo Chavez, a été investi lundi à la présidence équatorienne, promettant de lutter contre une classe politique largement discréditée et jugée corrompue.

M. Correa, 43 ans, a prêté serment devant le Congrès national, et enfilé l'écharpe présidentielle aux couleurs du pays. De nombreuses figures de proue de la gauche latino-américaine assistaient à la cérémonie: des "modérés" comme les présidents Luiz Inacio Lula da Silva (Brésil), Michelle Bachelet (Chili), Alan Garcia (Pérou) et Daniel Ortega (Nicaragua) mais aussi Hugo Chavez et son homologue bolivien Evo Morales, considérés, à l'instar de Correa, comme les tenants d'une ligne plus radicale et hostile aux Etats-Unis. Autre invité très remarqué, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

M. Correa, brandissant une épée offerte par le président Chavez, a dénoncé un système politique "pervers" en Equateur qui a "détruit notre démocratie, notre économie et notre société". Il a également réaffirmé sa volonté de convoquer très rapidement un référendum national sur la rédaction d'une nouvelle Constitution. Mesure selon lui cruciale pour limiter l'influence des partis traditionnels à qui il attribue les maux du pays.

Le charismatique quadragénaire a été élu le 26 novembre face au milliardaire pro-américain Alfredo Noboa, promettant une "révolution des citoyens" en faveur des très nombreux pauvres -plus de 60% de la population.

Mais il pourrait vite se heurter à un Parlement dominé par les partis qu'il dénonce. Les députés équatoriens ont déjà renvoyé les trois derniers présidents élus suite à des manifestations de masse contre eux. Rafael Correa est le huitième président depuis dix ans dans ce pays marqué par l'instabilité politique depuis le retour de la démocratie en 1979.

Durant sa campagne, il a dénigré le Parlement et n'a pas présenté de candidat aux législatives. Il a affirmé cette semaine que les députés ne représentaient "que leurs propres intérêts et ceux des patrons de leur parti politique". Ce qui "n'est pas la démocratie".

Le nouveau président espère obtenir le contrôle de l'assemblée constituante chargée d'écrire une nouvelle Constitution, qui aurait le pouvoir de dissoudre le Congrès. Il a exhorté ses partisans à l'aider à "conquérir la majorité" dans cette assemblée.

Accompagné des présidents Chavez et Morales, ses plus proches alliés dans la région, il Correa avait participé dimanche à une cérémonie religieuse en son honneur dans le village andin de Zumbahua. Cinq prêtres indiens lui ont remis un sceptre, symbole d'autorité dans la culture indigène locale, pour marquer le début de son mandat de quatre ans.

"Je ne vous décevrai jamais", a-t-il promis aux milliers de personnes présentes, des indiens pour la plupart. "Engageons une vraie révolution démocratique, constitutionnelle mais une révolution malgré tout (...) des changements radicaux, profonds et rapides au modèle actuel si exploiteur et injuste", a-t-il lancé.

Brièvement ministre des Finances en 2005 et nouveau venu en politique, Rafael Correa rejette un traité de libre-échange avec les Etats-Unis, qu'il juge néfaste pour les paysans équatoriens. Il a également annoncé qu'il ne prorogerait pas l'accord permettant à l'armée américaine d'utiliser la base militaire de Manta, sur la côte du Pacifique, lorsqu'il arrivera à échéance en 2009.

Rafael Correa veut introduire des réformes politiques pour rendre les élus plus redevables de leurs actes et priver les partis au Congrès de leurs prérogatives judiciaires. Actuellement ceux-ci nomment les membres du Tribunal constitutionnel, du Tribunal national électoral ainsi que des responsables clés comme le procureur général.

Certains Equatoriens craignent que le nouveau chef de l'Etat ne cherche en fait à consolider son pouvoir. "Il ne laisse pas de place à la négociation, au compromis", affirme Benjamin Ortiz, chef d'un centre d'étude de Quito. "Il veut passer en force." AP

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