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Entre deuil et rage, les sunnites sont en passe de faire de Saddam Hussein un martyr. Assommés dans un premier temps par l'annonce de l'exécution de l'ancien dictateur, ils se rassemblent désormais en foule en Irak, manifestant contre une mise à mort qu'ils assimilent à une vengeance chiite sous égide américaine et qui pourrait approfondir encore le conflit interconfessionnel.
Lundi, le pays sunnite était dans la rue. Geste particulièrement fort en symboles, à Samarra, la foule a investi le sanctuaire chiite cible le 22 février dernier de l'attentat qui avait déclenché l'actuelle vague de violences, enlèvements, massacres et représailles entre chiites et sunnites.
Dans cette ville à majorité sunnite, les manifestants ont brisé les scellés qui ferment toujours le sanctuaire Askariya, tombeau des 10e et 11e imams chiites surmonté d'un dôme doré, qui doit être reconstruit.
Jusqu'à l'exécution de l'ex-raïs pourtant, la plus grande partie de la population sunnite d'Irak, minoritaire dans le pays, restait discrète dans son soutien à l'insurrection, et à l'écart des violences intercommunautaires, malgré les attaques des milices chiites qui ont tué des milliers de sunnites et en ont chassé encore plus de chez eux.
Mais les manifestations actuelles, provoquées par la pendaison de Saddam Hussein, si elles restent pacifiques, pourraient marquer le début d'une implication militante plus forte dans le conflit.
Furieux de cette exécution sommaire, les sunnites sont surtout scandalisés par ses images et par sa "bande son", enregistrée par téléphone portable et largement diffusée: les exécuteurs de Saddam et ceux qui ont assisté à sa mise à mort l'ont insulté et provoqué, notamment en scandant le nom de "Moqtada, Moqtada", l'imam chiite extrémiste, chef d'une des milices religieuses les plus violentes du pays.
Moqtada al-Sadr, rejeton d'une prestigieuse famille de religieux chiites victime de Saddam Hussein, est un des principaux soutiens du gouvernement dirigé par le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki.
Nombre de sunnites, en Irak mais aussi dans tout le monde arabe, sont également choqués par le jour choisi pour l'exécution, à l'aube du premier jour des célébrations de l'Aïd, la plus sacrée des fêtes du calendrier musulman.
Le premier des juges du tribunal chargé de juger Saddam, le Kurde Rizgar Mohammed Amin, démis sur plainte des chiites qui le considéraient trop accommodant, a qualifié d'illégale cette exécution en un jour de fête religieuse.
A Azamiyah, quartier sunnite du nord de Bagdad, des centaines de manifestants ont rendu hommage lundi au dictateur exécuté, mais aussi au parti Baas, le parti nationaliste aujourd'hui dissous qui sous Saddam avait cimenté la domination sunnite sur l'Irak. "Le Baas et les baasistes existent toujours en Irak, et personne ne peut le marginaliser", affirmait Samir al-Obaidi, un des participants.
A Dour, non loin du village natal de Saddam où il a été enterré dimanche, une mosaïque géante du raïs a été inaugurée, tandis qu'à Takrit, bastion du clan de Saddam, les murs de la mosquée étaient recouverts de cartes de condoléances, envoyées par des membres de tribus du sud irakien ou de Jordanie qui n'avaient pu se déplacer.
On a également manifesté en l'honneur de Saddam en Jordanie et dans les territoires palestiniens. Pour les Palestiniens, l'ancien maître de Bagdad les a soutenus sans faillir, avait tiré des Scuds sur Israël pendant la première guerre du Golfe, et aidant financièrement les familles des kamikazes et victimes de l'Intifada.
Les violences se poursuivaient également. Lundi, 40 cadavres criblés de balles, menottés et les yeux bandés, on été retrouvés dans Bagdad. Le même jour, le gouvernement irakien faisait fermer les bureaux bagdadis de la chaîne privée Al-Charqiya, accusée d'incitation à la haine et à la violence: le présentateur de la chaîne, qui diffuse depuis Dubaï et appartient à un proche de Saddam, était vêtu du noir du deuil en commentant l'exécution de l'ancien raïs. AP
nc/v/tl
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