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Une page de l'histoire irakienne se tourne. L'ancien dictateur Saddam Hussein a été exécuté par pendaison samedi avant l'aube, après 27 ans d'un terrible règne marqué par de nombreuses atrocités, des milliers de morts ainsi que deux guerres, celle contre l'Iran (1980-1988) et celle du Golfe (1990-1991), avant sa chute en 2003.
Saddam Hussein, âgé de 69 ans, a été condamné à mort le 5 novembre pour crimes contre l'humanité commis lors du massacre de 148 chiites à Doujaïl en 1982. Il aura été exécuté avant même la fin de son deuxième procès, pour son rôle dans le génocide des Kurdes en 1987-1988. Environ 180.000 Kurdes auraient alors trouvé la mort.
La chaîne de télévision Al-Irakiya a présenté la mort de l'ancien dictateur comme "la fin d'une sombre période de l'histoire irakienne". Sur les images diffusée, on voit l'ancien raïs conduit menotté à la potence, entièrement vêtu de noir. Calme dans ses derniers instants, il a refusé de porter une cagoule et, alors que la corde allait être passée autour de son cou, a crié "Dieu est grand".
Ses avocats ont dénoncé samedi "un assassinat politique" et ont promis de poursuivre leur action en justice. Les services du Premier ministre irakien ont eux estimé qu'il s'agissait d'une "leçon forte" adressée à tous les dirigeants coupables de crimes envers leur propre peuple.
"C'est une étape importante sur le chemin qui fera de l'Irak une démocratie capable de se gouverner, de subvenir à ses besoins et de se défendre, tout en étant un allié dans la guerre contre le terrorisme", a estimé le président américain George W. Bush dans un communiqué. Il a toutefois concédé que la mort de Saddam ne mettrait "pas fin à la violence en Irak".
L'Union européenne, comme le Vatican, ont pour leur part rappelé leur opposition de principe à la peine de mort.
Malgré cette exécution, les Etats-Unis, leurs alliés et le nouveau gouvernement irakien restent confrontés à la terrible violence qui sévit dans le pays, de plus en plus souvent entre les communautés chiites et sunnites.
Dans les heures qui ont suivi l'annonce de l'exécution, Bagdad était relativement calme. Mais à Koufa, une ville chiite située à 160km plus au sud, l'explosion d'une bombe placée à bord d'un minibus a fait 31 morts, selon des responsables hospitaliers. Il y a eu également 58 blessés.
A Takrit, l'ancien fief du raïs, des hommes en armes sont descendus dans la rue et ont appelé à venger Saddam Hussein. Près de 2.000 autres ont manifesté à Adwar, le village proche où Saddam Hussein a été capturé en décembre 2003.
Dans le quartier chiite de Sadr City à Bagdad, plusieurs centaines de personnes sont également descendues dans la rue et ont tiré des coups de feu en l'air, mais eux entendaient célébrer la nouvelle.
Les avocats de Saddam Hussein assurent qu'il n'a pas eu peur et qu'il est resté "honnête et lucide". Il s'est débattu lorsqu'il a été emmenée de sa cellule, dans une prison américaine, jusqu'à la salle de l'exécution, mais il s'est ensuite montré calme, a confirmé Sami al-Askari, conseiller politique du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, qu'il représentait lors de l'exécution.
L'ancien dictateur n'a pas souhaité parler, mais il a répété une prière dite par un imam sunnite. Puis, alors que la corde allait être passée autour de son cou, et après avoir refusé de se laisser couvrir la tête, il s'est écrié: "Dieu est grand. La nation sera victorieuse et la Palestine est arabe", a raconté M. Askari. Dans la salle d'exécution, des photos et des enregistrements vidéo ont été pris.
Selon le conseiller à la sécurité nationale Mouwafak al-Roubaïe, qui a assisté à l'exécution, un juge a lu la sentence à Saddam Hussein. "Nous voulions (que Saddam) soit exécuté en un jour spécial", a lancé M. Roubaïe, alors que le monde musulman commence à célébrer ce samedi la fête de l'Aïd el-Adha (Aïd el-Kébir).
Il a en revanche assuré que le demi-frère de Saddam Hussein, Barzan Ibrahim, et l'ancien chef du Tribunal révolutionnaire, Awad Hamed al-Bandar, n'avaient pas été exécutés, contrairement à ce qu'avait d'abord rapporté Al-Irakiya. Leur exécution devrait avoir lieu après la fin de l'Aïd, début janvier.
Le conseiller du Premier ministre a précisé que le gouvernement n'avait pas encore décidé ce qu'il ferait du corps de Saddam Hussein.
Saddam Hussein était l'homme fort de l'Irak depuis la fin des années 60. Renversé quelques semaines après l'invasion de l'Irak par la coalition conduite par les Etats-Unis, en mars 2003, il avait été arrêté le 13 décembre 2003. Traduit en justice, il a été condamné à mort le 5 novembre pour crimes contre l'humanité, une condamnation confirmée mardi par la cour d'appel. AP
lp-gb/v0/mw
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