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Suspense à son comble en Equateur pour le second tour de la présidentielle. Les électeurs doivent choisir dimanche entre deux populistes, le milliardaire pro-américain Alfredo Noboa, et Rafael Correa, économiste de gauche se réclamant d'Hugo Chavez. Un duel serré aux allures de condensé des luttes d'influence à l'oeuvre en Amérique latine.
La tension était forte dans le pays. Les derniers sondages donnent les deux candidats au coude-à-coude, et Correa crie à la fraude depuis le premier tour. Ce qui risque de plonger ce petit pays andin de 13,4 millions d'habitants, un des plus pauvres de l'hémisphère, dans une longue crise post-électorale.
Noboa, 56 ans (Parti rénovateur indépendant-Action nationale, PRIAN), est l'homme le plus riche du pays, roi de la banane dont l'Equateur est le premier exportateur mondial. Personnage haut en couleur qui se présente pour la troisième fois, il promet de lancer un grand programme de construction d'habitat social et de créer des emplois en persuadant ses richissimes amis étrangers d'investir dans le pays. Noboa est favorable à la signature d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis et au développement de la manne pétrolière.
Face à lui, Correa (Allianza PAIS), 43 ans, grand, sportif, juvénile et charismatique, est un nouveau venu pourfendeur de la "partidocracia", qui prône des réformes radicales pour nettoyer une classe politique corrompue et insensible aux besoins du pays, dont les trois-quarts des habitants sont pauvres.
La campagne aura montré comment, une fois de plus, le "facteur Chavez" et le duel Bogota-Washington a pris de l'importance dans toute l'Amérique latine lors des élections de ces dernières années.
La victoire de Correa, qui a fait trembler Wall Street en menaçant de revenir sur les remboursements d'une dette de 16,1 milliards de dollars, ferait tomber l'Equateur dans le club des pro-Chavez.
Mais, au départ aligné sur le trublion bolivarien, Correa s'en est distancié après le premier tour, mettant une sourdine à ses diatribes contre Washington et reprochant même à Chavez d'avoir qualifié son rival Noboa de valet des Etats-Unis. Sans pour autant nier son amitié avec l'homme de Bogota, il a réaffirmé son indépendance.
Donné favori du premier tour le 15 octobre, il s'est fait déborder in extremis, son rival milliardaire arrivant en tête des 13 candidats avec 27% des voix, contre 23% à Correa. Après une dégringolade dans les sondages, il a réussi à remonter la pente.
Jeudi, cet économiste formé dans l'Illinois et à l'Université catholique de Louvain (Belgique) expliquait à la presse étrangère vouloir de bonnes relations avec Washington "dans le cadre du respect mutuel".
Ecueil de taille cependant pour les Etats-Unis, Correa compte toujours refuser de renouveler l'accord sur la base aérienne de Manta, qui arrive à expiration en 2009. Cette base, sur la côte Pacifique, est utilisée par Washington pour lutter contre le narcotrafic, aux côtés de la Colombie.
Deux conceptions du monde s'affrontent donc, mais avec les mêmes accents populistes. Jeudi soir, lors de son dernier meeting, Correa a une nouvelle fois accusé Noboa d'avoir recours au travail des enfants sur ses plantations et d'évasion fiscale dans ses 114 entreprises.
"Ne faites pas confiance au pingouin, il a l'habitude de mentir", a-t-il lancé, ironisant sur le physique de son rival, petit et rondouillard, à la voix haut perchée. Pour lui, le choix se résume entre "une nation, ou juste une plantation de plus pour Noboa".
A Guyaquil, son bastion politique, Noboa n'a lui cessé d'invoquer Dieu, brandissant la bible, accusant Correa de mener une "guerre sale et diabolique" contre lui et dénonçant encore sa fraternisation avec Cuba et le Venezuela.
Le pays, qui a renoué avec la démocratie en 1979, craint en tout cas de voir se prolonger l'instabilité politique qui dure depuis dix ans: sept présidents depuis 1996, dont trois furent chassés par la pression de la rue. AP
nc/v/tl
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