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actu & culture


RANGOON - dimanche 26 juillet 2009 à 17h33

L'aide internationale pour le SIDA retourne en Birmanie



Depuis des années, les donateurs internationaux boudent la Birmanie, imposant des sanctions à la junte militaire au pouvoir. Mais il revoient aujourd'hui leur politique, car si le tarissement de l'aide et l'isolement n'ont pas fait chuter le régime, dans le même temps, l'épidémie de SIDA, l'une des plus graves d'Asie, continue de s'aggraver, loin des projecteurs.

Le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, un des principaux organismes donateurs, qui s'était retiré en 2005, envisage aujourd'hui de retourner en Birmanie. Ce qui pourrait permettre de tripler le nombre de personnes soignées: le Fonds compte octroyer 320 millions de dollars à la Birmanie, avec comme objectif de traiter 42.000 nouveaux cas d'ici cinq ans. La décision finale pourrait être prise à l'automne.

Longtemps, les donateurs ont craint que l'aide ne fasse que renforcer la junte. La Birmanie ne reçoit donc qu'environ trois dollars d'aide par tête, contre 23 pour le Vietnam, 50 pour le Laos.

Mais face à un pouvoir autiste qui n'hésite pas à priver les Birmans d'aide si cette dernière est conditionnée à quelque exigence que ce soit, même les Etats-Unis, peut-être le plus fervent partisan de sanctions sévères, envisagent désormais de revoir leur politique, ayant constaté que les sanctions n'avaient aucune influence sur le pouvoir birman.

Après des années de dénégation, la junte a fini par admettre en 2000 l'existence de malades du SIDA. Mais, toute au financement de son armée pléthorique, la Birmanie ne consacre que 0,3% de son PIB à la santé. Soit le pourcentage le plus faible de la planète.

Entretemps, le SIDA y fait des ravages. On estime à 240.000 les personnes atteintes du VIH, dont environ 76.000 ont besoin d'anti-rétroviraux. Mais moins d'un quart, 18.000, en reçoivent. Une absence de traitement disponible qui se traduit par environ 25.000 décès par an.

A 30 dollars par mois, soit l'équivalent du salaire mensuel birman, le traitement anti-rétroviral est hors de portée de la majorité de la population.

Les dispensaires de Médecins sans frontières (MSF) sont en première ligne de la lutte contre la pandémie, soignant environ 12.000 personnes. Une poignées d'autres ONG prennent en charge 4.000 autres malades, et le gouvernement environ 1.800.

"Il y a tant de besoins et si peu d'argent que nous sommes le principal fournisseur (d'anti-rétroviraux). C'est sans doute le seul endroit au monde où c'est une ONG qui dirige dans les faits le programme VIH du pays", note Luke Arend, le patron de MSF-Birmanie.

En 2007, débordé au-delà de ses capacités, MSF a cessé d'accepter les nouveaux patients pendant plus d'un an. Le résultat a été terrible, soupire le Dr Soe Yadanar, qui travaille avec MSF depuis dix ans. "Pendant qu'ils attendaient, certains sont morts", s'est-elle désolée.

Ma Moe doit la vie sauve à MSF, qui la soigne depuis deux ans. Elle explique n'avoir découvert l'existence du SIDA qu'après que le virus a tué son mari, en 2006: "Je ne savais rien du SIDA. Aujourd'hui, je sais que sans médicaments, je peux mourir".

En 2005, le Fonds mondial avait brutalement quitté la Birmanie, au motif que l'interdiction de se rendre dans certaines régions du pays l'empêchait de contrôler l'usage des fonds alloués.

Mais les Etats-Unis étant le principal contributeur du Fonds, la junte l'avait mal pris, explique Andrew Kirkwood, directeur de Save the Children-Birmanie. "Cela a envoyé le message que l'aide humanitaire était politique, malgré les dénégations. Cela a causé beaucoup de tort à la relation entre les ONG et le régime".

Le vrai tournant aura été le cyclone Nargis, qui fit au moins 138.000 morts l'année dernière: malgré les réticences du pouvoir, les ONG et des sommes considérables ont afflué, rappelle Choo Phuah, directeur pour la Birmanie de l'Alliance internationale VIH/SIDA, une ONG travaillant avec des organisations locales. "Les gens ont changé de perspective sur le travail en Birmanie", dit-elle. AP

nc/v0/mw




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