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En vingt ans, le monde a dépensé 196 milliards de dollars pour lutter contre les maladies dans les pays pauvres via des programmes pilotés par les Nations unies, mais l'efficacité de ces investissements est difficile à évaluer et ils peuvent même avoir dans certains cas des effets pervers, suggèrent deux études publiées vendredi dans la revue britannique "Lancet".
Des millions de personnes dans le monde sont aujourd'hui protégées de maladies comme la fièvre jaune, dorment sous des moustiquaires pour se prémunir du paludisme et prennent des médicaments contre le SIDA. Malgré tout, il est difficile d'évaluer les effets des coûteux programmes de santé dirigés par l'ONU et ses partenaires, qui dans certains cas peuvent même se révéler contreproductifs, selon les nouvelles études.
Essayer de montrer que des campagnes de santé ont effectivement permis de sauver des vies est "un dilemme scientifique très difficile", affirme Tim Evans, de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a contribué à l'un des deux rapports.
Dans l'une des études, les chercheurs de l'OMS ont examiné l'impact de plusieurs initiatives de santé au cours des 20 dernières années. Ils ont constaté certains progrès, comme un diagnostic accru des cas de tuberculose et des taux de vaccination plus élevés. Mais ils ont également conclu que certains programmes de l'ONU étaient néfastes pour les systèmes de santé en Afrique en perturbant les services sanitaires de base locaux et en conduisant certains pays à réduire leurs dépenses de santé.
Dans l'autre étude, Chris Murray, de l'université de Washington, et ses collègues ont étudié l'évolution des dépenses consacrées à la santé publique dans les pays pauvres au cours des deux dernières décennies: elles sont passées de 5,6 milliards de dollars en 1990 à 21,8 milliards en 2007. Une grande partie de cet argent provient des budgets publics des pays occidentaux.
Les chercheurs ont découvert que les dons n'allaient pas forcément en priorité aux pays qui ont les plus gros besoins. L'Ethiopie et l'Ouganda ont ainsi reçu plus d'argent que le Nigeria, le Pakistan et le Bangladesh alors que la situation sanitaire dans ces trois pays est plus mauvaise.
Les experts estiment que, dans certains cas, l'ONU a soutenu des systèmes de santé défaillants. "Si vous avez des Etats corrompus, aucune aide au développement ne sera suffisante pour y remédier", affirme Elizabeth Pisani, une spécialiste du SIDA et ex-employée de l'ONU.
L'équipe de M. Murray a également découvert qu'au moins 23 cents allaient au SIDA pour chaque dollar versé au profit des pays pauvres. Et ce alors que le SIDA est la cause de moins de 4% des décès dans le monde.
"Les financements de la santé mondiale tendent à aller vers le groupe de pression qui crie le plus fort, le SIDA étant un exemple caractéristique", souligne Philip Stevens, du Réseau de politique internationale, un groupe de réflexion basé à Londres.
Dans l'étude de l'OMS, les chercheurs admettent que l'on ignore si les campagnes sanitaires répondent aux besoins les plus pressants des pays pauvres. L'OMS reconnaît qu'un changement est nécessaire, mais assure également avoir besoin de davantage d'argent et qu'une baisse des dons mettrait en danger la vie de nombreux enfants.
Les agences de l'ONU, les universités et d'autres organismes travaillant sur la santé publique prélèvent en général de 2% à 50% des dons pour leurs "frais de fonctionnement" avant que l'argent n'atteigne les pays dans le besoin.
Certains observateurs expliquent que les responsables sanitaires sont peu incités à demander des évaluations indépendantes sur les effets de leurs programmes de santé. "La communauté de la santé publique a convaincu l'opinion que la seule façon d'améliorer la situation dans les pays en développement est d'y déverser beaucoup d'argent", déclare M. Stevens. "Ce n'est peut-être pas un hasard si des milliers d'emplois et de carrières offrant de grosses rémunérations sont également liés" à ces fonds. AP
lma/v24/tl
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