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actu & culture


BAGDAD - dimanche 20 aout 2006 à 15h06

Ouverture lundi du deuxième procès de Saddam Hussein pour l'opération "Anfal" contre les Kurdes



Le deuxième procès de Saddam Hussein s'ouvre lundi à Bagdad. Avec six autres co-inculpés, l'ancien maître de Bagdad est cette fois poursuivi pour génocide et crimes de guerre dans le cadre de l'"opération Anfal" du régime irakien contre les Kurdes dans le nord du pays, qui aurait fait jusqu'à 100.000 morts en 1987-88.

L'événement le plus terrible de cette offensive riche en atrocités, le massacre d'Halabja, ville où quelque 5.000 personnes périrent gazées en mars 1988, fera lui l'objet d'un autre procès.

L'"opération Anfal" ("dépouilles de guerre" en arabe) visait à écraser les séparatistes kurdes et à vider de ses populations kurdes la zone longeant la frontière iranienne, Saddam Hussein ayant accusé les Kurdes de soutenir son ennemi iranien.

Le "nettoyage ethnique" du Kurdistan a fait un nombre considérable de victimes, difficilement évalué à ce jour, mais qu'on estime entre plusieurs dizaines de milliers et au-delà de 1000.000 morts.

Ce deuxième procès s'ouvre alors que des organisations de défense des droits de l'homme s'interrogent sur l'équité du Tribunal spécial irakien. Human Rights Watch a estimé qu'il était incapable de juger correctement, en raison de la méconnaissance du droit international montrée par les juges et avocats au cours du procès pour le massacre de Dujaïl, où plus de 148 chiites ont été tués en représailles à une tentative d'assassinat contre Saddam Hussein en 1982.

Le verdict dans ce premier procès chaotique et à rebondissements est attendu pour le 16 octobre, après une longue suspension. En neuf mois de débats, trois avocats de la défense ont été assassinés, la défense jetant régulièrement l'éponge et devant être remplacée. Saddam Hussein lui-même transforma son procès en théâtre médiatique, avec des tirades injurieuses, des sorties bruyantes, et enfin un boycott des débats et une grève de la faim.

Dans le procès de l'"opération Anfal", le principal co-inculpé de l'ancien dictateur est son cousin Ali Hassan al-Majid, poursuivi pour avoir dirigé les opérations en tant que responsable du Baas pour le nord irakien. Le massacre d'Halabja et le recours aux gaz lui ont valu le surnom d'"Ali le chimique". Tout comme Saddam, il est poursuivi pour génocide.

Parmi les autres co-inculpés figurent Sabir al-Douri, ancien directeur du renseignement militaire, Sultan Hashim Ahmad al-Tai, commandant du 1er Corps de l'armée irakienne, qui dirigea les opérations militaires, et Taher Tawfiq al-Ani, alors gouverneur de Mossoul.

Les sept inculpés sont poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, et risquent tous la peine de mort.

C'est Abdullah al-Amiri, un chiite de 54 ans, qui présidera les cinq juges du procès Anfal, le parquet étant représenté par Munqith Takleef al-Firuan. A l'inverse, un juge kurde aura dirigé les débats pendant le procès Dujaïl.

"Nous attendons cela depuis si longtemps, voir le dictateur Saddam Hussein jugé pour ces crimes horribles", s'est réjoui Othman Hajji Mahmoud, ministre de l'Intérieur du gouvernement provincial du Kurdistan, lequel dispose aujourd'hui d'une autonomie de facto.

"De nombreuses familles attendent toujours les corps de leurs proches. Quand ils verront à la télévision Saddam jugé publiquement et démocratiquement, cela les fera se sentir au moins un peu mieux", a-t-il ajouté.

Familles de victimes et mouvements kurdes de la société civile ont prévu des manifestations tant dans le nord de l'Irak qu'à l'étranger pour le premier jour du procès de l'opération Anfal, qui se tient dans la "zone verte" ultra-sécurisée de Bagdad.

Si Saddam Hussein devait être condamné à mort dans le cadre du procès Dujaïl, le droit irakien prévoit qu'il soit exclu du procès Anfal, lequel se poursuivrait alors pour les autres inculpés. AP

nc/v




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