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actu & culture


BOGOTA - dimanche 06 juillet 2008 à 14h30

Après son triomphe de la libération des otages, Uribe va-t-il chercher à se représenter?


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C'est l'heure du triomphe pour Alvaro Uribe. Le coup de maître de la libération de 15 otages des FARC, dont Ingrid Betancourt, relance l'hypothèse d'une nouvelle candidature à la présidentielle du chef de l'Etat colombien. Cherchera-t-il en effet à nouveau à modifier la Constitution, réitérant la manoeuvre qui a permis une première réélection, pour être candidat en 2010? L'homme reste pour l'heure évasif.

Aussi frêle et petit qu'il est avare en sourires, Alvaro Uribe est d'une ténacité inépuisable. A 56 ans, celui qui était déjà extrêmement populaire pour les résultats enregistrés contre la guérilla frise désormais des sommets.

La veille de la libération des otages, sa cote de popularité était à 73%, selon un sondage Napoleon Franco pour le quotidien "El Espectador". Le lendemain de l'opération dans la jungle, elle avait grimpé à 91%, selon le même institut, réinterrogeant le même panel de 1.200 personnes dans 11 villes du pays.

Mais Uribe, qui a fêté ses 56 ans vendredi, reste évasif sur la question de 2010. Les opposants à une troisième candidature avancent que cela le mettrait dans la même catégorie que son rival honni, le Vénézuélien Hugo Chavez, spécialiste du remaniement constitutionnel pour se rapprocher de la présidence à vie...

"L'approche audacieuse et volontariste d'Uribe a fonctionné, mais il peut y avoir un renversement s'il va trop loin dans la concentration du pouvoir entre ses mains. Il y a de quoi s'inquiéter", estime Michael Shifter, analyste au Dialogue inter-américain, un centre de réflexion indépendant.

En tout cas, le choc de cette audacieuse libération éclipse au moins pour l'instant les questions sur la légitimité de la réélection d'Uribe en 2006. Jeudi, au lendemain du sauvetage, la Cour constitutionnelle a débouté la Cour suprême, qui réclamait un réexamen du processus législatif de 2005, qui avait permis cette réélection.

Le 26 juin, la Cour suprême avait en effet conclu que l'entourage du président avait fait pression sur une élue, pour qu'elle fasse pencher la balance du bon côté à l'heure du vote autorisant le président à briguer un second mandat.

Furieux, Uribe, qui réfute avoir quoi que ce soit à se reprocher, avait alors immédiatement -impétueusement, selon certains- annoncé qu'il soumettrait la question de la légitimité de sa réélection à référendum.

Le président est en conflit depuis longtemps déjà avec la Cour suprême, qui s'est attaquée à nombre de ses proches, y compris un de ses cousins, dans le scandale dit "parapoliticos", de collusion présumée entre des élus et les escadrons de la mort paramilitaires. Un élu colombien sur dix est derrière les barreaux dans le cadre de ce scandale qui, étonnamment, n'a guère eu de répercussions sur la réputation d'Uribe.

Selon les analystes, le président à la triste figure, marqué par un "acte fondateur", l'assassinat en 1983 de son père, éleveur, par les FARC lors d'une tentative d'enlèvement qui avait mal tourné, ne chercherait pas tant à se maintenir lui-même au pouvoir, qu'à préserver ce qu'on nomme désormais l'"uribisme", ce mélange de libéralisme économique et de politique de la "mano dura" (manière forte) sans concessions envers la guérilla.

Pour ce qui est de garder cette ligne et de poursuivre la stratégie du rouleau compresseur militaire qui a commencé de mettre la guérilla à genoux, le ministre de la Défense Juan Manuel Santos, considéré comme un des artisans de la mission Betancourt, est souvent évoqué comme son dauphin.

Autre inconnue de taille, la position de Washington: car la guerre d'Uribe est largement financée par les Etats-Unis dans le cadre du Plan Colombie, officiellement destiné à la lutter contre la drogue. On ne sait pas si le prochain président américain continuera à verser la manne de 600 millions de dollars que reçoit annuellement Bogota depuis 2000, à l'heure en outre où la récession économique semble atteindre la Colombie.

"Il est fort possible que les négociations de paix redeviennent une nécessité, parce que continuer à investir 5% du PIB (dans la guerre, NDLR) ne sera pas facile pendant une récession", estime l'analyste politique Léon Valencia. AP

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