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actu & culture


HARARE, Zimbabwe - dimanche 29 juin 2008 à 21h28

Mugabe repart pour un sixième mandat contesté


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Robert Mugabe a été investi pour un sixième mandat de président du Zimbabwe dimanche, à l'issue d'un second tour de scrutin sans adversaire et entaché de violences, largement dénoncé par la communauté internationale. La seule surprise réside dans le score de l'opposant Morgan Tsvangirai, qui réclame des négociations de partage du pouvoir avec celui qui dirige le pays depuis 28 ans.

L'investiture s'est déroulée en grande pompe à Harare. Entouré de dignitaires du régime, l'octogénaire de 84 ans a prêté serment une bible à la main, jurant devant un juge portant perruque blanche et robe écarlate de faire respecter les lois du pays, "avec l'aide de Dieu". Il a ensuite signé les documents officiels sous les cris de joie de ses partisans.

La commission électorale crédite le président sortant de 85% des voix au second tour organisé vendredi, avec une participation évaluée à 42% des quelque 5,6 millions d'inscrits. Mais si Robert Mugabe recueille plus de deux millions de suffrages, Morgan Tsvangirai en réunit 233.000 sur son nom alors qu'il s'était retiré de la course une semaine auparavant dans l'espoir que cesse ainsi la répression de l'opposition, qui a fait plus de 80 morts et 200.000 réfugiés, selon des organisations de défense des droits de l'Homme.

Et sur les 131.000 bulletins rendus nuls, une bonne partie pourraient avoir été sciemment sabotés par des électeurs n'osant pas rester chez eux ou voter Tsvangirai. A Bulawayo par exemple, la deuxième plus grande ville du pays et un bastion de l'opposition, Robert Mugabe a recueilli 21.127 suffrages et Morgan Tsvangirai 13.291, avec 9.166 bulletins invalidés.

Marwick Khumalo, un parlementaire du Swaziland dirigeant une équipe officielle d'observateurs africains, a affirmé qu'une partie des bulletins déclarés nuls avaient été griffonnés de "messages désagréables". Il n'en a pas précisé la teneur mais a donné l'impression qu'il s'agissait d'inscriptions hostiles au président sortant. "L'atmosphère prévalant dans le pays en ce moment n'a pas permis la tenue d'élections libres, régulières et crédibles", a-t-il conclu.

Le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), pourra toutefois se réclamer de son score de vendredi et des 47% obtenus au premier tour le 29 mars contre 43% à Robert Mugabe, si ce dernier ouvre des négociations de partage du pouvoir, comme il l'a laissé entendre ces derniers jours. L'octogénaire a promis dimanche d'engager "tôt ou tard des pourparlers sérieux" avec l'opposition.

Pour Morgan Tsvangirai, le dialogue est la seule issue possible à la crise. "Cette investiture n'a aucun sens. Le monde l'a dit, le Zimbabwe l'a dit. Il se ment à lui-même", a-t-il lâché lors d'un entretien à Associated Press Television News (APTN). "Je pense que la réalité s'est imposée à toutes les élites de la ZANU-PF" au pouvoir, a-t-il poursuivi. "S'ils ne négocient pas avec le MDC, c'est l'impasse."

Robert Mugabe, qui devait quitter Harare pour l'Egypte juste après son investiture, devrait entendre peu ou prou le même message de la bouche des dirigeants de l'Union africaine réunis à partir de lundi. Les voisins du Zimbabwe restent cependant partagés sur le degré de fermeté à adopter face à celui qui demeure l'un des héros de l'indépendance du Zimbabwe, colonie britannique jusqu'en 1980. L'observateur Marwick Khumalo a exhorté les pays de la région à "engager la classe politique au pouvoir au Zimbabwe dans un processus de transition négocié".

La question du rôle futur de Robert Mugabe se poserait alors. Morgan Tsvangirai a envisagé dans un entretien à l'hebdomadaire dominical britannique "Sunday Telegraph" que le président conserve un rôle honorifique tandis que lui-même dirigerait le pays en tant que Premier ministre.

Selon des sources officielles angolaises ayant requis l'anonymat, le chef de la diplomatie angolaise, Joao Bernardo Miranda, s'est rendu en mission secrète de médiation à Harare samedi et devait rentrer dimanche. Or le président angolais Eduardo dos Santos est considéré comme un allié de son homologue zimbabwéen.

Le chef des observateurs de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), Marcos Barrica, a également adressé des messages à MM. Mugabe et Tsvangirai, selon son porte-parole. Il aurait salué les signes d'ouverture finalement donnés par le président Mugabe et appelé le leader du MDC à prendre en considération "toutes les possibilités de résoudre les problèmes du Zimbabwe". Reste à savoir si Robert Mugabe veut réellement ouvrir le dialogue, et sur quelles bases. AP

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