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HARARE - vendredi 27 juin 2008 à 14h29

Robert Mugabe, père de l'indépendance mué autocrate


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Combattant de la décolonisation devenu autocrate, le président du Zimbabwe Robert Mugabe, 84 ans, entend se succéder à la tête d'un pays qu'il dirige depuis 1980. Sous son mandat, l'espérance de vie des habitants est passée de 60 à 35 ans, avec une inflation avoisinant les 165.000%, selon les chiffres officiels.

Le second tour de l'élection présidentielle était organisé vendredi sans enjeu en raison de l'absence du chef de l'opposition qui s'est retiré en raison des violences contre ses partisans.

Autrefois salué pour ses qualités d'homme d'Etat, Robert Mugabe avait invité la minorité blanche à se joindre à l'édification du pays, l'ex-Rhodésie, libéré du joug britannique. Au fil des années, tandis que l'économie s'effondrait, il a tenu un autre discours -"Le Zimbabwe est pour les Noirs, pas pour les Blancs"- et recouru à la violence pour faire taire ses opposants.

Robert Mugabe est né le 21 février 1924 à Zvimba, à 65km à l'est de la capitale Harare, dans une famille pauvre de la tribu des Zezurus appartenant à l'ethnie shona majoritaire. Peu de Noirs, à l'époque, savent lire et écrire. Mais le fils de charpentier va à l'école, où enseignent les jésuites. Sur les conseils d'un prêtre, l'élève studieux devient à son tour enseignant.

Il se plonge dans l'étude du marxisme, se passionne pour le mouvement de résistance passive de Gandhi en Inde, qu'il rêve de transposer en Rhodésie, alors colonie britannique. Membre fondateur de l'Union nationale africaine du Zimbabwe et militant marxiste, il est emprisonné pendant dix ans par le régime de Ian Smith. Au pouvoir de 1964 à 1979, Smith a déclaré unilatéralement l'indépendance de la Rhodésie, maintenu le pays sous la férule de la minorité blanche et combattu la guérilla noire.

A sa sortie de prison, Robert Mugabe part en exil au Mozambique, prend la tête de lutte armée, combattant pour l'indépendance et l'instauration d'un Etat à parti unique d'inspiration marxiste. Après sept ans de guerre, il accède au pouvoir en 1980, comme Premier ministre. On salue alors ses politiques en faveur de la réconciliation nationale, de la santé et de l'éducation.

Mais, selon ses détracteurs, la corruption déjà gagne du terrain et Robert Mugabe muselle vite toute dissidence. "L'opposition ne gouvernera jamais ce pays, ni de mon vivant ni après ma mort", promet-il lors d'un meeting. Dans les années 80, il envoie ses troupes, formées en Corée du Nord, écraser la rébellion anti-gouvernementale opérant dans le Matabeleland, une des provinces du Zimbabwe. On compte des milliers de morts, principalement des civils de la minorité Ndebele. Les opposants sont jetés en prison sans procès.

En 1987, Robert Mugabe devient président du Zimbabwe et instaure un régime à parti unique. Mais il est battu en février 2000 dans un référendum constitutionnel visant à élargir ses attributions présidentielles. Il répond en lançant une campagne d'intimidation et de violences menées par les milices de son parti, la ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique), contre l'opposition, ainsi que contre les 40.000 agriculteurs blancs (sur 13 millions d'habitants) qui possèdent les meilleurs terres du pays.

Les exploitations confisquées dans le cadre de cette "réforme agraire" ne sont pas redistribuées aux paysans noirs sans terres, mais aux proches, amis et affidés de M. Mugabe.

Affaiblie par un engagement coûteux dans la guerre au Congo-Kinshasa, l'économie zimbabwéenne est à genoux. Le "grenier de l'Afrique australe" importe désormais son maïs, un tiers des habitants ont fui le pays, où l'inflation avoisine aujourd'hui 165.000%, selon les chiffres officiels. Mais selon des estimations indépendantes, le véritable taux serait plus proche des 4 millions de pour cent...

L'espérance de vie de la population confrontée à de graves pénurie d'eau, de vivres et de médicaments est tombée à 35 ans, contre 60 ans en 1980. Selon un récent rapport du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), les viols d'enfants et mineurs y connaissent une forte augmentation. Une conséquence, selon l'agence onusienne, du délitement des familles provoqué par la crise économique. AP

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