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actu & culture


NAYPYTAW, Birmanie - samedi 31 mai 2008 à 14h35

Birmanie: contraste grandissant entre la nouvelle capitale et les zones sinistrées


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Le cyclone Nargis et ses terribles conséquences humaines n'ont pas fait renoncer la junte birmane à ses projets, qu'il s'agisse du référendum constitutionnel destiné à asseoir son pouvoir ou des travaux de la nouvelle capitale Naypyitaw, dont le général Tan Shwe suit l'avancement depuis 2005.

La construction à grands frais de cette capitale administrative offre un contraste saisissant avec la pauvreté omniprésente en Birmanie, encore aggravée par la catastrophe du 3 mai.

On estime aujourd'hui à plus de deux millions le nombre des Birmans affamées, sans abri et présentant des risques de maladie après le passage du cyclone. Le gouvernement militaire a reconnu qu'il avait besoin d'experts étrangers et d'une aide à la reconstruction d'environ 11 milliards de dollars. Mais il a attendu un mois avant de laisser quelques équipes de secours étrangères accéder aux zones sinistrées.

La visite du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon le 23 mai a été l'occasion d'un détour par la capitale officielle du régime, cette Naypyitaw dont le nom signifie "demeure des rois" et d'une réception dans les nouveaux palais de la junte, en compagnie d'une poignée de journalistes étrangers.

Le voyage commence par un vol spécial d'une heure en provenance de l'ex-capitale Rangoon, à 400km au sud. De l'aéroport de Naypyitaw, un trajet de 40 minutes sur un axe à huit voies, sans équivalent dans tout le pays, conduit le visiteur autorisé jusqu'à la ville elle-même.

Entrer nécessite un sauf-conduit pour passer les points de contrôle. On découvre alors une cité dominée par les statues géantes de trois anciens rois et partagée en deux zones, l'une civile, l'autre militaire. Une ville sans habitants visibles, où des soldats saluent les convois officiels, et où, fait unique dans le pays, le courant fonctionne 24 heures sur 24. En revanche, le recours au téléphone mobile est à exclure.

Avant d'être reçu en grande pompe par le chef de la junte, on traverse une zone militaire comportant centre commercial, lycée et stade, puis un vaste site d'immeubles gouvernementaux à moitié construits mais présentant déjà une façade de style soviétique.

Une fois arrivé au palais du général Shwe, dont l'entrée est soutenue par des piliers monumentaux, on pénètre dans un hall de deux étages où s'élève une statue de pierre de 4,50m, surmontée d'une peinture alpine, et où les murs sont ornés de pagodes dorées.

Ban Ki-moon a été reçu dans cette immense salle, où il a échangé avec son hôte, assis comme lui sur un trône aux motifs floraux, les deux hommes étant séparés par un bouquet de fleurs blanches et roses et un service à thé en argent.

"Il m'a dit qu'il n'avait jamais eu une conversation aussi franche avec quiconque dans le monde", a ensuite confié le secrétaire général de l'ONU, espérant que ce face-à-face à huis clos contribuerait à élargir l'accès de l'aide étrangère aux victimes du cyclone.

Derrière d'immenses portes de bois, l'entretien a longtemps semblé être à sens unique. Le vieux général a monopolisé la parole pendant les 50 premières minutes de cette rencontre d'un peu plus de deux heures, selon des responsables onusiens.

Ban Ki-moon a quitté la capitale avec la promesse d'un accès plus large pour les secours étrangers. "Ce n'est que le début de mon dialogue avec les autorités birmanes", a-t-il observé. "Nous verrons comment cela évolue."

Il n'a en revanche rien dit sur cette capitale reculée et totalement coupée de la réalité du reste de la Birmanie. Un pays en proie à la pauvreté, où, indépendamment des cyclones, un enfant sur cinq souffre de malnutrition et où beaucoup vivent avec moins d'un dollar/euro par jour. AP

tl/v42/sb




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