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actu & culture


RANGOON - mardi 27 mai 2008 à 23h04

Birmanie: les humanitaires étrangers atteignent enfin les zones dévastées par le cyclone



Les travailleurs humanitaires internationaux ont enfin pu commencer mardi à entrer dans la région du delta de l'Irrawaddy, dévastée par le cyclone Nargis, après en avoir été empêchés pendant trois semaines par la junte birmane, qui a par ailleurs prolongé une nouvelle fois l'assignation à résidence de l'opposante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Selon l'ONU, quelque 1,5 million de sinistrés dans le delta ont un besoin urgent d'aide mais n'ont rien reçu jusqu'ici. D'après le bilan du gouvernement birman, le cyclone qui a frappé le pays les 2 et 3 mai a fait 78.000 morts et 56.000 disparus. Un million de personnes ont reçu une aide internationale, soit 42% du nombre total de sinistrés (2,4 millions), a précisé l'ONU.

L'arrivée des premiers humanitaires dans le delta fait suite aux promesses de la junte militaire, qui a assuré ce week-end au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon qu'elle laisserait désormais travailler les organisations humanitaires.

"Les travailleurs humanitaires internationaux commencent à gagner le delta", a déclaré depuis Bangkok Richard Horsey, porte-parole de l'opération humanitaire de l'ONU. Des hélicoptères ont également commencé à acheminer de la nourriture dans la zone mardi.

Médecins sans frontières a de son côté indiqué que ses équipes avaient atteint des villages isolés du delta où les habitants n'avaient pas mangé depuis trois jours. "Des milliers de personnes n'ont vu aucun travailleur humanitaire et n'ont toujours pas reçu d'aide", a précisé l'ONG française.

Concernant la situation sanitaire sur place, la porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Maureen Birmingham a déclaré que le risque d'épidémies demeurait important, surtout pour les maladies transmises par l'eau ou les moustiques.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a envoyé trois employés dans le delta depuis le week-end et espère en déployer davantage dans les jours à venir. Paul Risley, membre du PAM, a indiqué lundi que sept visas pour la Birmanie avaient été demandés et délivrés alors que les autorités birmanes avaient jusqu'ici refusé de nombreuses demandes de visas émanant d'agences de l'ONU et d'ONG privées.

Le sous-secrétaire général de l'ONU pour les affaires humanitaires, John Holmes, a d'ailleurs reconnu mardi que la Birmanie avait accordé un nombre significatif de visas aux travailleurs humanitaires. L'ONU ne constate "pour l'instant aucun blocage" dans la remise des visas, a-t-il déclaré aux journalistes à New York.

Déjà largement condamnée dans le monde pour avoir bloqué les secours en faveur des rescapés, la junte s'est exposée à de nouvelles critiques internationales après sa décision mardi de prolonger d'un an l'assignation à résidence de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi.

Selon un responsable du gouvernement ayant requis l'anonymat, l'assignation de Mme Suu Kyi, renouvelée chaque année et qui devait expirer mardi à minuit, a officiellement été prolongée mardi après-midi. Il a précisé qu'il s'agissait d'une prolongation de 12 mois, alors que la junte était supposée avoir le choix entre six mois et un an.

La dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND, opposition) a été privée de liberté, sans procès, pendant plus de 12 des 18 dernières années, et de manière continue depuis mai 2003.

A Washington, le président américain George W. Bush s'est déclaré "profondément troublé" par la prolongation de l'assignation à résidence de Mme Suu Kyi et a appelé le régime birman à libérer tous les prisonniers politiques.

La France a fait part de sa "plus profonde consternation", et adressé à la dissidente "un message fraternel de solidarité". Paris, par la voix de la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade et du chef de la diplomatie Bernard Kouchner, appelle la junte à la "libérer sans délai", ainsi que "les dirigeants de l'opposition et les prisonniers politiques, notamment ceux qui ont été arrêtés ces derniers jours". En Grande-Bretagne, le secrétaire au Foreign Office David Milliband s'est déclaré "attristé" et a demandé lui aussi la libération du Prix Nobel de la paix. AP

mgh/lma/v/nc/sop/v0563-562




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