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BANGKOK - mardi 06 mai 2008 à 16h24

Birmanie: le référendum constitutionnel reporté au 24 mai dans les zones les plus touchées par Nargis


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Devant les protestations internationales, la junte birmane a décidé mardi de reporter au 24 mai le référendum sur une nouvelle Constitution, soutenue par le régime militaire, dans les zones les plus touchées par le cyclone Nargis. Mais ailleurs, le vote est maintenu à samedi, une décision critiquée par des dissidents et des défenseurs des droits de l'Homme qui mettent en doute la crédibilité du scrutin et appellent le pouvoir à donner la priorité au secours aux victimes.

Le gouvernement birman "devrait suspendre complètement le référendum et consacrer toutes les ressources du pays aux zones affectées", estime Debbie Stothard, directrice de l'organisation de défense des droits de l'Homme ALTSEAN-Burma. "Il doit établir une priorité et s'assurer qu'aucune personne ne meure de froid, de malnutrition ou de maladie."

Sur le plan logistique autant que politique, le référendum sur la nouvelle Constitution, accusée par ses détracteurs de pérenniser le régime militaire, ne pouvait tomber plus mal. Le cyclone Nargis, qui a frappé la Birmanie ce week-end, aurait coûté la vie à 22.000 personnes et fait 41.000 disparus, selon les derniers chiffres fournis mardi par la radio d'Etat. Il y aurait également jusqu'à un million de sans-abri, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

La radio officielle birmane a annoncé mardi que le référendum serait repoussé au 24 mai dans 40 des 45 municipalités de la région de Rangoon et dans sept du delta de l'Irrawaddy, les zones les plus touchées. Mais le scrutin aura lieu comme prévu dans le reste du pays, y compris dans de nombreuses régions souffrant de pénuries d'électricité, d'eau et d'abris.

Le gouvernement birman a été critiqué pour ne pas avoir agi rapidement pour acheminer de l'aide aux victimes. "Les gens tentent de reconstruire leur vie, trouver les membres de leur famille et leurs amis, personne n'a envie d'aller voter", souligne Aung Din, qui dirige la Campagne pour la Birmanie, une organisation basée à Washington, et estime que la lenteur de la réaction de la junte devrait entraîner un vote pour le "non" plus important.

Mais il semble que le régime ne se soucie guère de l'opinion publique ni de savoir si les électeurs peuvent atteindre physiquement les bureaux de vote, selon les analystes politiques. "Le régime militaire n'a jamais eu l'intention d'organiser un vote libre et équitable", affirme Monique Skidmore, professeur à l'Université nationale australienne. "Il se moque de savoir si tout le monde vote ou pas. Il se soucie seulement du résultat et je n'ai aucun doute sur le fait qu'il le manipulera à son profit."

Les généraux birmans ont présenté le référendum comme une étape importante de leur "feuille de route vers la démocratie". C'est la première fois que les Birmans sont appelés à voter depuis 1990. La Birmanie n'a plus de Constitution depuis que la junte, qui a pris le pouvoir en 1988, a abrogé le texte fondamental qui était en vigueur.

Les détracteurs du régime doutent que le nouveau texte permette d'aller vers la démocratie. "La Constitution va maintenir le pouvoir militaire, cela ne fait aucun doute", prédit David Steinberg, un expert de l'université de Georgetown, à Washington.

Selon la junte, le document de 194 pages doit ouvrir la voie à des élections générales en 2010, prévoit le multipartisme dans le cadre d'une "démocratie où fleurit la discipline" dans laquelle l'armée garde des pouvoirs clés.

Une disposition vise apparemment à maintenir à l'écart de la vie politique l'opposante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, interdisant à toute personne mariée à un ressortissant étranger ou ayant des enfants de nationalité étrangère de briguer un mandat électif. La dissidente, qui est assignée à résidence et a passé 12 des 18 dernières années privée de liberté, est la veuve d'un Britannique et a deux enfants qui sont citoyens britanniques.

La Constitution permettrait aux militaires de garder un rôle important à l'avenir en leur réservant des sièges au gouvernement et un quart des élus dans les deux chambres du Parlement. Tout amendement futur au texte devra être approuvé par plus de 75% des députés, ce qui signifie qu'il ne pourra passer sans le soutien de l'armée.

Il y a eu peu de débats sur le référendum ou d'efforts pour informer le public du contenu du texte. Toutes les critiques ont été rapidement étouffées. La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi a appelé à voter "non", mais son message n'a pas été relayé par les médias birmans, sous la coupe de la junte, qui appellent à voter "oui". AP

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