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A la veille des élections présidentielles et générales de samedi au Zimbabwe, l'armée, équipée de blindés et de canons à eau, était présente en force dans les rues de Harare, tandis que l'opposition accusait le président Robert Mugabe de préparer la fraude électorale pour se faire réélire une nouvelle fois.
Les responsables de la police, de l'armée de terre et de l'armée de l'air, des services de renseignement et de l'administration pénitentiaire, se disaient tous prêts à contrer les éventuelles "menaces à la sécurité nationale" pendant le scrutin.
"Ceux qui attisent les braises de violences de style kenyan doivent être avertis", précisent-ils. Au Kenya, l'élection présidentielle contestée de décembre a débouché sur des violences interethniques qui ont fait plus d'un millier de morts.
Au Zimbabwe, Mugabe, 84 ans, fait face à la contestation la plus importante depuis son arrivée au pouvoir dans la foulée de la guerre d'indépendance de sept ans qui mit fin à la domination de la minorité blanche de l'ex-Rhodésie britannique en 1980.
Sur fond d'effondrement total de l'économie du pays, l'autocrate est confronté au vétéran de l'opposition et chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) Morgan Tsvangirai, 55 ans, mais aussi à son ancien ministre des Finances et responsable du parti au pouvoir la ZANU-PF Simba Makoni, 58 ans, passé à la dissidence.
Au cours d'un meeting vendredi, Tsvangirai a appelé ses partisans à rester dans les bureaux de vote jusqu'à leur fermeture pour limiter la fraude. "Nous avons déjà gagné cette élection. Ce qui nous reste à faire, c'est à défendre notre vote".
La veille, il avait appelé les soldats, policiers et autres fonctionnaires à ne pas participer à la fraude. "Mugabe ne peut truquer les élections à lui tout seul. Si quelqu'un vous dit de falsifier les résultats des élections, ignorez ces instructions, car c'est illégal. Ne vous laissez pas utiliser pour faire quelque chose de honteux", déclarait-il.
Dans un communiqué conjoint, Tsvangirai et Makoni mettaient en cause la composition des listes électorales, riches d'électeurs fantômes, et s'inquiétaient de n'avoir pu voir les registres électoraux définitifs. Makoni évoquait au cours d'une conférence de presse un "plan très sophistiqué et bien pensé pour nous voler l'élection".
Face à ces accusations, Mugabe, devenu paria de la communauté internationale, a accusé ses rivaux de "mensonge". Au cours de son dernier meeting de campagne devant 6.000 personnes à Epworth, banlieue pauvre d'Harare, il a estimé que "les Zimbabwéens s'élèvent contre l'establishment britannique", et appelé à un vote dans l'ordre, malgré "les provocations de gens de l'extérieur qui affirme d'ores et déjà que les élections ne sont ni libres ni équitables".
Des membres de l'opposition et observateurs indépendant ont montré des listes électorales sur lesquels figurent des morts, comme Ian Smith, dernier Premier ministre de la Rhodésie, ou son ministre de l'Intérieur Desmond Lardner-Burke, ou encore des militants de l'opposition assassinés lors la campagne électorale de 2000.
Harare a interdit la présence d'observateurs internationaux américains et européens pour le scrutin de samedi, ainsi que celle de nombre de médias étrangers.
Quelque 5,9 millions d'électeurs inscrits sont appelés à élire, outre le président, 210 députés, 60 sénateurs et 1.600 conseillers municipaux.
L'économie de pénurie que subit désoermais le pays jouera un rôle clé dans le scrutin. Le Zimbabwe, autrefrois grenier de l'Afrique australe et où l'inflation, la pire au monde, a désormais dépassé les 100.000 %, a commencé son effondrement lorsqu'en 2000 Mugabe a pris de force les terres des fermiers blancs pour les redistribuer, en priorité aux vétérans de la guerre de libération. Dans le même esprit, jeudi, le président a fait distribuer 510 voitures aux médecins de l'hôpital central de Harare, dans l'espoir d'arrêter l'exode des cerveaux. AP
nc/v
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