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actu & culture


BUENOS AIRES - dimanche 23 mars 2008 à 15h00

L'ADN au secours des familles de victimes de la dictature argentine


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Les 600 squelettes sont empaquetés dans des cartons et empilés sur des étagères dans le placard d'un laboratoire médico-légal, éclairé par une unique ampoule faiblarde. Ils sont identifiés en tant que "Squelette n°4" ou "Squelette n°21" et c'est tout.

Mais un quart de siècle après la fin de la dictature argentine et de la "sale guerre" contre ses propres citoyens, la technologie de l'ADN offre la possibilité de connaître enfin l'identité de ces squelettes, déterrés pour la plupart dans des fosses communes à travers toute l'Argentine.

Une ambitieuse campagne basée sur des techniques expérimentées en Bosnie et dans les ruines du World Trade Center après les attentats de 2001 a été lancée par des anthropologues. A la télévision et à la radio argentines, des célébrités exhortent les familles des "disparus" à fournir des échantillons de sang pour constituer une base nationale d'ADN. Un centre d'appel diffuse même son numéro gratuit sur des bandeaux défilant pendant les matches de football.

Cette campagne a débuté en novembre dernier et commence déjà à payer. "Nous avons reçu environ 2.000 appels", se félicite Luis Fondebrider, de l'Equipe argentine d'anthropologie médico-légale (EAAF), une ONG scientifique fondée en 1984 pour réunir des informations sur les disparus et qui a depuis exporté son savoir-faire dans plus de 40 pays, du Salvador à l'Irak en passant par le Timor-Oriental. Cet organisme a également supervisé l'identification, grâce à des empreintes dentaires, de la dépouille d'Ernesto "Che" Guevara, exhumée dans les années 1990.

L'EAAF espère bientôt pouvoir faire appel à un laboratoire américain pour comparer les échantillons avec l'ADN des 600 squelettes qu'elle conserve, dont beaucoup portent des traces d'impact de balle dans le crâne ou des signes de torture.

Les prélèvements d'ADN à grande échelle sont devenus plus rapides à pratiquer et meilleur marché depuis les premières expérimentations en Bosnie, selon Mercedes Doretti, cofondatrice de l'EAAF.

Après la guerre de Bosnie (1992-1995), la Commission internationale pour les personnes disparues (CIPD) a développé un système sophistiqué de tests ADN sur des milliers de corps exhumés. De même, après le 11-Septembre, les experts ont développé cette technique et conçu un logiciel pour comparer simultanément des milliers d'échantillons d'ADN prélevés sur des restes humains découverts dans les ruines des Twin Towers.

Mais l'EAAF manquait d'argent pour utiliser massivement ces nouvelles techniques, jusqu'à ce que le Congrès américain lui accorde en 2007 une subvention de près de 1,5 million de dollars (1 million d'euros).

Au-delà de l'urgente nécessité d'identifier les morts, la présidente argentine Cristina Fernandez a plaidé en faveur de l'accélération des procès dans plusieurs centaines de cas de violations des droits humains. La tenue de ces procès avait été bloquée par une amnistie bénéficiant aux coupables présumés qui a été annulée en 2005.

Le succès de cette campagne pourrait conduire à augmenter le bilan des victimes de la "sale guerre" menée par la dictature contre les opposants de gauche entre 1976 et 1983 et à combler le fossé entre les plus de 12.000 morts ou disparus officiellement recensés et les quelque 30.000 allégués par les organisations de défense des droits de l'Homme.

Dans la plupart des cas, les restes des victimes n'ont jamais été retrouvés. Quant à ceux qu'on retrouve, difficile de tous les identifier. La dernière identification en date remonte à 2005, celle de Léonie Duquet, cette religieuse française enlevée en décembre 1977 à Buenos Aires en compagnie de soeur Alice Domon. Elles ont été vraisemblablement jetées vivantes en mer du haut d'un hélicoptère.

Les progrès dans l'identification par l'ADN ont aussi permis d'identifier le frère d'Hugo Omar Argente, Jorge, qui a fait partie d'un groupe de trente jeunes activistes massacré à la dynamite en 1976. "Ils ont voulu faire disparaître les corps", confie M. Argente, 55 ans. "J'ai découvert (la vérité) le 17 mars 2000 quand ils m'ont téléphoné pour me dire que les tests l'avaient identifié. Je n'ai pas arrêté de pleurer après". AP

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