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actu & culture


THIMPU, Bhoutan - dimanche 23 mars 2008 à 14h45

Le Bhoutan s'essaie frileusement à la démocratie


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Après plus d'un siècle de monarchie, le royaume himalayen du Bhoutan vote lundi pour la première fois de son histoire, en vertu d'une décision du souverain Jigme Keshar Namgyal Wangchuck. Paradoxalement, cette concession royale ne fait pas l'unanimité au "pays du Dragon-Tonnerre".

La population de ce petit Etat fermé aux influences extérieures semble craindre la démocratie. A preuve, des candidats se présentent aux élections sous l'étiquette monarchiste et bon nombre des futurs citoyens se disent partagés par ce scrutin, reconnaissant volontiers ne pas être prêts à troquer leur roi contre des hommes politiques.

Dans ce royaume bouddhiste érigeant le "Bonheur national brut" en objectif suprême, le bien-être spirituel a toujours pris le pas sur le progrès matériel. Il a ainsi fallu attendre 1999 pour que la télévision et Internet y soient autorisés. Certains Bhoutanais estiment aujourd'hui que la démocratie aurait elle aussi pu attendre.

"Personne ne veut de ces élections", explique Yeshi Zimba, un candidat interrogé en pleine campagne de porte-à-porte à Thimpu, la capitale du Bhoutan. "Sa Majesté nous a guidés jusqu'à présent. Les gens se demandent pourquoi il faudrait changer de régime maintenant".

Après ces élections historiques, le roi, âgé de 28 ans, restera chef de l'Etat et conservera une partie de ses prérogatives. Mais le pouvoir sera désormais aux mains de responsables élus, ce qui ne rassure pas les Bhoutanais, effrayés par les violents soubresauts qui agitent les démocraties voisines, notamment celle du Népal voisin, où la monarchie risque d'être destituée.

"A la vue de ce qui se passe en Asie du Sud, la population préférait ne pas s'engager sur cette voie", analyse Kinley Dorji, directeur du journal d'Etat "Kuensel". "Mais Sa Majesté a dit qu'on ne pouvait laisser un pays aussi petit et vulnérable entre les mains d'un seul homme, choisi par sa naissance et non par son mérite".

Un argument qui ne convainc ni les électeurs ni les candidats, issus de deux partis politiques, dirigés par d'anciens Premiers ministres du souverain qui, comme ce dernier, prônent l'accès au Bonheur national brut.

En élisant les 47 membres de son Assemblée nationale, le Bhoutan semble vouloir faire l'économie d'une révolution et rompre son isolement. Les exemples du Tibet et du Sikkim, deux autres royaumes bouddhistes de l'Himalaya passés sous le joug de puissances étrangères, respectivement la Chine et l'Inde, l'ont poussé à changer pour survivre.

"Autrefois, la stratégie était de se cacher dans les montagnes", souligne Kinley Dorji. Ce n'est plus le cas. Ce pays de 600.000 habitants a maintenant une véritable économie, ce qui devrait lui valoir de rejoindre prochainement l'Organisation mondiale du commerce (OMC), et accueille chaque année des milliers de touristes, dans le cadre de voyages très organisés.

Le Bhoutan conserve néanmoins sa singularité. L'alpinisme y est interdit pour préserver la forêt vierge qui, en vertu des lois du royaume, doit couvrir 60% du territoire. Les Bhoutanais doivent en outre porter en public leur traditionnelle tenue chamarrée.

Mais la sauvegarde de la culture bhoutanaise a aussi sa face obscure: plus de 100.000 habitants d'origine népalaise, une minorité hindoue installée dans le sud du royaume, ont été expulsés au début des années 90 et sont depuis réfugiés dans l'est du Népal. Certains membres radicaux de cette communauté ont fait sauter des bombes artisanales au Bhoutan pour y perturber le processus électoral.

Par mesure de précaution, le "pays du Dragon-Tonnerre" a fermé dimanche toutes ses frontières. Elles ne devaient rouvrir qu'après le scrutin de lundi. AP

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