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Pour les jeunes Serbes, l'indépendance auto-proclamée du Kosovo a provoqué des réactions diverses. S'ils sont nombreux à être attirés par l'Occident, beaucoup ressentent désormais de la répulsion à l'égard des pays qui ont soutenu l'initiative de Pristina de se séparer de la Serbie.
Les récents événements ont en tout cas eu un retentissement important à Belgrade. Bojan Mihajlovic, 29 ans, gérant d'un hôtel et père d'un garçon de sept ans, a assisté depuis la fenêtre de son immeuble à une tentative de saccage, par des nationalistes serbes, d'un supermarché appartenant à des Occidentaux. "C'était de la folie, ces violences", a-t-il raconté.
Le lendemain, 30 étrangers ont annulé leurs réservations, craignant de nouvelles violences dans la capitale serbe, après ces émeutes provoquées par la proclamation d'indépendance du Kosovo.
Comme beaucoup de Serbes, il s'est alors rappelé les émeutes de 1999, quand une foule en colère, à la suite des bombardements de l'OTAN, avait attaqué l'ambassade des Etats-Unis et pillé un restaurant McDonald's. Cette fois encore, la mission diplomatique américaine a été une des cibles des violences, et beaucoup de jeunes Serbes sont désormais inquiets. Ils craignent que la Serbie soit balayée par une vague nationaliste et que leurs dirigeants entraînent leur pays dans un isolement encore plus profond.
La plupart de ces Serbes-là vivent dans la capitale, qui est relativement prospère. Ceux qui adoptent une position plus radicale, de repli sur soi, vivent surtout dans des cités industrielles qui ne se sont jamais remises de la chute du communisme et de l'implosion de la Yougoslavie en six républiques balkaniques, en plus du Kosovo.
Pour beaucoup de jeunes Serbes, qu'ils soient libéraux ou nationalistes, la perte du Kosovo est ressentie comme une amputation. Mais en même temps, ils craignent que ce regain de nationalisme vienne briser le rêve d'un avenir les rapprochant de l'Occident. "Chaque ambassade qu'ils attaquent, chaque magasin qu'ils pillent, c'est une chance de moins pour la Serbie de devenir un endroit décent", déplore Nikola Kovacevic, 21 ans.
De nombreux libéraux soupçonnent le gouvernement serbe d'encourager une minorité de casseurs à pratiquer l'intimidation vis-à-vis d'une majorité de la population qui pourrait être prête à abandonner le Kosovo si cela se traduisait par une plus grande prospérité et mettait fin à l'isolement de la Serbie.
Selon l'institut de sondage Strategic Marketing Research, les sentiments des Serbes sont très partagés. Même pour les libéraux, la perte du Kosovo n'est pas facile à encaisser.
Sur 1.100 personnes interrogées, seules 18% sont favorables à "une action agressive" pour empêcher le Kosovo de devenir indépendant, alors que 21% veulent que la Serbie rompe ses relations diplomatiques avec les Etats qui reconnaissent le nouvel Etat. Environ 70% souhaitent que la Serbie rejoigne l'Union européenne, mais seulement 33% le feraient si la condition était l'acceptation de l'indépendance du Kosovo.
Ce sondage, réalisé plusieurs jours avant la déclaration d'indépendance du Kosovo le 17 février, avait une marge d'erreur de plus ou moins deux points.
De nombreux jeunes Serbes rêvent de l'Occident, mais au lieu d'accorder davantage de visas depuis la fin de l'ère Milosevic, les ambassades occidentales ont renforcé les règlements et les demandeurs doivent faire des queues interminables pour postuler.
Autre phénomène: la montée des organisations de jeunesse extrémistes rend la vie plus difficile pour les jeunes libéraux comme Srecko Sekeljic. Son groupe d'étudiants, qui s'appelle "Pas d'alternative à l'Europe", est partisan du dialogue avec l'UE malgré le soutien que celle-ci apporte au Kosovo. Il a reçu des menaces téléphoniques et par e-mails. Les sites Internet nationalistes appellent eux leurs partisans à "s'occuper" des activistes. AP
pyr/v/tl
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