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Les rebelles colombiens des FARC et de l'ALN trouvent de plus en plus facilement refuge au Venezuela où leur présence et leur influence se sont accrues sous l'ère Chavez: les guérilleros peuvent ainsi obtenir des armes, de la nourriture, des soins médicaux et de l'argent via la trafic de cocaïne, affirment des déserteurs de ces deux groupes ainsi que des anti-Chavez.
De son côté, le président vénézuélien Hugo Chavez dément tout soutien direct aux mouvements armés colombiens, même s'il les a publiquement qualifiés le mois dernier de "forces insurgées" et si une certaine proximité idéologique peuvent les rapprocher. Pour lui, c'est la Colombie qui est responsable de la porosité des frontières en raison de l'incapacité de ses forces de sécurité à surveiller leurs 2.200km de frontière commune.
En tout cas, grâce à ces frontières peu étanches et à des autorités locales et forces de sécurité qui ferment les yeux, des centaines, voire des milliers, d'insurgés colombiens des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ou de l'Armée nationale de libération (ALN) se trouvent à tout moment en territoire vénézuélien, notamment dans les provinces frontalières de Zulia, Tachira, Apure et Barinas, région d'origine de Chavez, assurent d'anciens rebelles, des habitants de la région, des opposants au président vénézuélien ainsi que des responsables américains et colombiens, interrogés par l'Associated Press.
"L'armée du Venezuela aide beaucoup les guérilleros", soutient Antonio, devenu informateur de l'armée colombienne après avoir passé 13 ans dans les rangs des FARC. Il n'a pas souhaité voir publié son nom de famille par crainte de représailles contre ses proches.
Parmi les personnes interrogées par l'AP figurent deux déserteurs des FARC -dont Antonio- et quatre de l'ALN qui ont tous affirmé qu'ils circulaient librement de part et d'autre de la frontière, un enchevêtrement de jungle épaisse, de rivières dangereuses et de montagnes accidentées.
Dans des régions vénézuéliennes même éloignées de la frontière, des guérilleros colombiens se reposent, se remettent de leurs blessures, s'entraînent, achètent des armes et des uniformes et fabriquent de la cocaïne, précisent ces déserteurs, ainsi que des opposants vénézuéliens et des responsables colombiens. Certains hauts commandants rebelles auraient même installé leur famille au Venezuela où leurs enfants seraient scolarisés.
Les forces de sécurité vénézuéliennes "sont au courant des importants laboratoires de traitement de la cocaïne mais ne sont nullement gênées par eux", prétend Antonio, qui se présente comme un ancien chef d'unité des FARC chargée de faire transiter de la cocaïne partiellement raffinée de Colombie vers le Venezuela. "Si des stupéfiants franchissent la frontière -et je pense que presque tout le monde en convient-, alors il est logique de supposer que des munitions, des armes, etc., la franchissent aussi", a déclaré pour sa part à l'Associated Press l'ambassadeur des Etats-Unis en Colombie, William Brownfield.
Sur le sol colombien, les forces rebelles ont été considérablement affaiblies par l'armée régulière qui est armée, formée, équipée et soutenue par les Etats-Unis. Les forces américaines se servent ainsi de leurs satellites et autres instruments perfectionnés pour fournir à leurs homologues colombiennes des renseignements cruciaux sur les insurgés et pour intercepter leurs communications.
Le refuge dont bénéficient les guérilleros au Venezuela leur permet de maintenir leur insurrection active au Venezuela, grâce notamment aux débouchés sécurisés qu'ils trouvent à leur trafic de cocaïne vers les Etats-Unis et l'Europe, ajoutent des responsables américains et colombiens ayant requis l'anonymat pour ne pas provoquer le président Chavez.
Dans le village d'El Cruce (province de Zulia), des soldats vénézuéliens tiennent des barrages routiers aux alentours mais ont laissé le contrôle de la localité elle-même à des rebelles colombiens, rapportent des habitants. Certains insurgés se déplacent même à bord de véhicules de l'armée. Et Teofilo Duran, maire du district d'El Cruce et opposant à Chavez, d'affirmer: "Ils sont protégés par une grande cape à laquelle personne ne touche." AP
sop/V/st
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