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KOSOVSKA MITROVICA, Kosovo - lundi 25 fevrier 2008 à 19h57

Le Kosovo toujours sous tension



Huit jours après la proclamation d'indépendance du Kosovo, un représentant des autorités de Belgrade a franchi la frontière lundi pour rencontrer la minorité serbe du nouvel Etat et un haut responsable de l'ONU. Une visite qualifiée de "provocation" par le vice-Premier ministre du Kosovo, sur fond de manifestations hostiles à l'émancipation de l'ex-province serbe à majorité albanophone.

De son côté, le successeur probable de Vladimir Poutine à la présidence russe, Dimitri Medvedev, était à Belgrade. Ce déplacement, bien que centré sur la signature d'un accord relatif à la construction du tronçon serbe du gazoduc South Stream et la coopération économique, lui a permis de réaffirmer le soutien de Moscou à la Serbie sur le dossier kosovar.

Accompagné du chef de la diplomatie Sergueï Lavrov, le premier vice-Premier ministre russe, qui s'est entretenu avec le président Boris Tadic et le Premier ministre Vojislav Kostunica, a estimé que de telles déclarations d'indépendance violaient "absolument" le "système international de sécurité et le système de droit international que le monde a bâtis au cours des 100 dernières années". Moscou et Belgrade "coordonneront" les mesures prises dans le cadre de la crise, a-t-il promis. "La Serbie a besoin de soutien maintenant".

Ses propos lui ont valu les remerciements du président Tadic qui a salué l'appui apporté par Moscou, M. Kostunica précisant que la coordination entre les deux pays se poursuivrait.

L'Etat du Kosovo "n'existe pas" pour la Serbie, et Belgrade cherchera "à maintenir la juridiction" dans les zones où vivent des Serbes dans l'ex-province, a par ailleurs déclaré Vojislav Kostunica. Il a souligné que Belgrade ne normaliserait pas ses relations avec les pays ayant reconnu le Kosovo tant que ces derniers ne reviendraient pas sur leur décision.

Ses propos accompagnaient de nouvelles manifestations hostiles à l'indépendance du Kosovo: les forces de police ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des Serbes lançant des pierres et des bouteilles dans leur direction à un passage frontalier, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Pristina, capitale du nouvel Etat.

Quelque 150 Serbes, scandant "Le Kosovo est la Serbie!" étaient impliqués dans ces heurts, selon Veton Elshani, porte-parole de la police du Kosovo. Dix-neuf policiers ont été blessés, dont un grièvement. D'après M. Elshani, l'intervention de soldats de l'OTAN a permis de ramener la situation sous contrôle. Les Serbes étaient entrés depuis le territoire serbe, a-t-il ajouté.

Une autre manifestation rassemblant quelque 2.000 Serbes kosovars a eu lieu à Kosovska Mitrovica, tandis que certains de leurs dirigeants locaux dénonçaient la proclamation d'indépendance du 17 février.

Des protestataires ont mis le feu à des drapeaux de l'Union européenne et brûlé une affiche montrant la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice avec Boris Tadic, lequel, à la différence de son Premier ministre, prône le maintien des liens économiques et politiques avec les Américains et les pays européens ayant reconnu le nouvel Etat.

Ces rassemblements se sont doublés de la visite du ministre serbe pour le Kosovo, Slobodan Samardzic, qui a publiquement soutenu les manifestations contre l'indépendance et rencontré lundi des représentants des quelque 100.000 Serbes du nouvel Etat, dont plus de 90% des deux millions d'habitants sont albanophones.

"Malheureusement, le gouvernement de la Serbie continue sa provocation en ce qui concerne l'avenir du Kosovo", a tempêté le vice-Premier ministre du nouvel Etat Hajredin Kugi, à propos de sa visite.

Le haut responsable de l'ONU au Kosovo Joachim Ruecker avait initialement décidé de ne pas autoriser la visite de M. Samardzic. Il est revenu sur sa position, à la condition que le ministre fasse une déclaration publique montrant "très clairement qu'il prenait ses distances par rapport aux violences" et que sa visite vise "à assurer la paix et le calme avec les Serbes du Kosovo". Il a aussi insisté pour le rencontrer afin de pouvoir lui dire ce que les Nations unies "pensaient de certaines de ses récentes déclarations". Las: M. Ruecker s'est dit insatisfait de certaines réponses de M. Samardzic. AP

cr/v/nc/cr/v586




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