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Le président serbe Boris Tadic a condamné vendredi les violences qui ont fait au moins un mort et plus de 150 blessés à Belgrade jeudi soir après la grande manifestation contre l'indépendance du Kosovo. Les Etats-Unis ont décidé d'évacuer une partie de leur personnel diplomatique et leurs familles après les incidents de la nuit, qui ont visé notamment l'ambassade américaine.
Après le grand rassemblement qui avait attiré près de 200.000 personnes à Belgrade, des émeutiers avaient forcé jeudi soir l'entrée de l'ambassade des Etats-Unis, l'un des pays, avec la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne entre autres, qui ont reconnu l'indépendance unilatéralement proclamée dimanche par les responsables albanophones du Kosovo.
Ils ont mis le feu à des bureaux et des postes de police devant l'édifice, à l'intérieur duquel un cadavre a été retrouvé. Ils s'en sont pris ensuite à d'autres ambassades étrangères. Selon la police, près de 200 personnes ont été interpellées et 90 commerces mis à sac jeudi soir, d'après la police serbe.
Dans le nord du Kosovo, les autorités ont augmenté la sécurité vendredi à la frontière avec la Serbie dans la crainte d'un afflux de militants serbes. Côté kosovar, des Serbes manifestant contre l'indépendance du Kosovo ont attaqué vendredi à coups de pierres et de bouteilles les policiers des Nations unies gardant le pont reliant les parties serbe et albanophone de la ville divisée de Kosovska Mitrovica (nord du Kosovo).
Le président serbe Boris Tadic a convoqué une réunion d'urgence du Conseil de sécurité nationale, soulignant que les violences qui ont éclaté à Belgrade dans la nuit ne doivent "plus jamais se reproduire". "Il n'y a pas d'excuse pour la violence", a-t-il précisé dans un communiqué. "Personne ne peut justifier ce qui s'est passé hier."
Le Parti démocratique de Serbie (DSS) de Vojislav Kostunica et le Parti démocrate (DS) du président Boris Tadic sont réunis au sein d'une coalition qui dirige la Serbie depuis la mi-2007. Mais ils divergent sur l'attitude à adopter face au Kosovo, Boris Tadic militant que pour que Belgrade poursuive malgré tout ses efforts pour entrer dans l'Union européenne.
Vendredi, le camp pro-occidental accusait les ultranationalistes au sein du gouvernement de Vojislav Kostunica d'inciter les Serbes à la violence. Le ministre de la Défense Dragan Sutanovac, membre du Parti démocrate, évoquait l'"une des journées les plus tristes de Belgrade". Le Premier ministre Vojislav Kostunica a lancé un appel au calme, arguant que les violences nuisent "directement" aux intérêts nationaux.
Le Premier ministre du Kosovo, l'ancien chef des séparatistes de l'UCK Hashim Thaci, a de son côté appelé vendredi dans un entretien à l'Associated Press les Serbes à "regarder devant eux et de ne pas travailler avec la mentalité du passé, la mentalité de l'époque de (Slobodan) Milosevic".
Les violences ont été unanimement condamnées par le Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que par le Haut représentant pour la politique étrangère de l'Union européenne, Javier Solana, qui a prévenu que la conclusion d'un accord préparant une éventuelle adhésion de la Serbie à l'UE devrait attendre que les choses "se calment".
Dans des appels téléphoniques à Vojislav Kostunica et au ministre des Affaires étrangères Vuk Jeremic, le numéro trois du Département d'Etat américain Nicholas Burns a expliqué "très clairement que nous tiendrions le gouvernement serbe personnellement responsable de la sécurité et le bien-être des employés de notre ambassade", selon le porte-parole du Département d'Etat Sean McCormack.
Condamnant "fermement les exactions commises" jeudi soir, la France a aussi appelé vendredi les autorité serbes à s'abstenir de toute action ou déclaration "pouvant être interprétées comme des incitations à la violence".
La Russie, la Chine ou l'Espagne notamment soutiennent Belgrade dans son refus de l'indépendance du Kosovo, ancienne province serbe dont 90% des deux millions d'habitants sont albanophones.
L'émissaire russe auprès de l'OTAN Dimitri Rogozine a accusé les pays occidentaux qui ont reconnu l'indépendance de bafouer le droit international. "Si l'Union européenne élabore une position unique et que l'OTAN outrepasse son mandat actuel au Kosovo, ces organisations entreront en conflit avec les Nations unies", a-t-il averti depuis Bruxelles. "Et nous, je pense, en tirerons la conclusion que pour être respecté il faut utiliser la force militaire brute", a-t-il ajouté, assurant toutefois que Moscou ne se laisserait pas entraîner dans un conflit armé sur le Kosovo. AP
sb/v/st
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