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Point kilométrique 264, près de Prény, en Meurthe-et-Moselle. La rame de TGV spéciale V150, qui va tenter dans quelques minutes de battre un record du monde de vitesse sur rail sur une section de 73km de la ligne à grande vitesse Est-européenne, apparaît, majestueuse. Composée de deux motrices encadrant trois voitures duplex à deux niveaux, elle a été peinte en chrome et noir.
Les journalistes embarquent à bord de la troisième voiture, une duplex (à deux niveaux). Des écrans, entre les fauteuils, permettent d'assister en direct au travail du laboratoire embarqué dans le train, dans une autre voiture réservée aux ingénieurs et techniciens.
En dessous de l'image, deux inscriptions. D'un côté, en jaune, la vitesse. De l'autre, en vert, le point kilométrique. Il est 12h55. A six minutes du départ, la tension monte dans la rame. Les portes se ferment. A 13h01, le TGV commence à avancer. Il atteint rapidement les 100km/h.
Les trois heureux gagnants d'un concours organisés par les partenaires du record (Alstom, Réseau Ferré de France, SNCF), trois jeunes gens, ont le regard qui pétille. Ils n'en reviennent pas d'avoir la chance de participer à cette aventure.
Dans la voiture, personne ne bouge. Chacun a reçu pour consigne de rester sur son siège -d'un modèle courant- non pour des raisons de sécurité, mais pour éviter que les mouvements ne risquent de perturber la retransmission télévisée de l'événement. A quelques rangées de sièges, des journalistes ont installé une sorte de pendule. Celui-ci commence à doucement tanguer. Très vite, le TGV monte en puissance.
A 400km/h, la rame donne l'impression d'être un avion sur le point de décoller. Les oreilles deviennent douloureuses chez certains, d'autres affirment que tout va bien. Quoi qu'il en soit, tout le monde est dans l'attente du fameux point kilométrique (PK191) où doit avoir lieu le record. Les yeux sont rivés à l'écran de contrôle, où la vitesse continue à grimper.
A l'extérieur, le paysage défile à toute allure. Impossible d'admirer les villages aperçus au loin, ou de déchiffrer les panneaux de signalisation indiquant les points kilométriques. Des badauds sont postés à une dizaine de mètres de la voie ou sur les ponts surplombant la ligne à grande vitesse, pour ne pas rater une miette du spectacle.
Au PK208, le record précédent de 515,3km/h, établi en 1990, est battu. Première satisfaction pour les techniciens. Dans la voiture des journalistes, l'excitation et la tension sont à leur comble. Le train vibre fortement, le pendule s'agite. Chacun se demande quelle vitesse le train, qui reste stable, peut atteindre. Certains, un peu inquiets, se demandent si la rame ne va pas tout simplement quitter la voie...
Au kilomètre 196, la rame roule à plus de 570km/h. Il reste cinq kilomètres qu'elle avale en un rien de temps. Et enfin, au fameux PK191, près de la commune "Le Chemin", dans la Marne, quinze minutes seulement après le départ, le record est atteint: 574,8km/h. Les techniciens et responsables des trois partenaires du record applaudissent et se congratulent.
Une fois le record battu, la tension redescend, le conducteur, Eric Pieczak, commence à lever le pied. La vitesse descend doucement. A 350km/h, on a l'étrange sensation d'avancer au ralenti. Puis, on aperçoit la gare de Champagne-Ardennes, où plusieurs centaines de personnes attendent de pouvoir admirer la rame de plus près.
A l'arrivée, le conducteur et les techniciens sont vivement applaudis, le champagne est sabré en présence des dirigeants d'Alstom, RFF et la SNCF.
Un diplôme autour duquel est noué un ruban rouge est offert à chaque personne ayant participé au trajet. "A participé à une marche à très haute vitesse sur la ligne à grande vitesse est-européenne à bord de la rame V150", peut-on lire sur le document. "Cette rame a établi un nouveau record du monde de vitesse sur rail le 3 avril 2007: 574,8km/h". AP
ir/cov/ll
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