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actu & culture


ORLEANS - vendredi 27 mars 2009 à 17h05

Préservatif: timide "mea culpa" de l'évêque d'Orléans


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L'évêque d'Orléans, Mgr André Fort, a reconnu vendredi avoir commis une "erreur" en s'appuyant sur une information de presse qui remettait en question l'efficacité du préservatif face à l'épidémie de SIDA. Dans la foulée des propos controversés du pape Benoît XVI, ses déclarations ont néanmoins relancé la polémique sur la fiabilité de cette protection jugée incontournable par la communauté scientifique.

"On met maintenant sur les boîtes de cigarettes 'danger'. On devrait mettre sur les boîtes de préservatifs 'fiabilité incomplète'. Vous le savez très bien, tous les scientifiques le savent: la taille du virus du SIDA est infiniment plus fine que celle d'un spermatozoïde. La preuve est faite que le préservatif n'est pas une garantie à 100% contre le SIDA", affirmait-il jeudi au micro de France Bleu Orléans.

L'évêque d'Orléans reprenait ainsi à son compte les arguments exprimés par le pape le 17 mars lors de son voyage en Afrique. Benoît XVI avait alors expliqué qu'on ne pouvait "pas régler le problème du SIDA (...) avec la distribution de préservatifs" et que, "au contraire, ils aggravaient le problème".

L'intervention de Mgr Fort a suscité l'indignation de nombreux scientifiques, à commencer par le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'Agence nationale de recherche sur le SIDA et les hépatites (ANRS), qui a dit réagir "en tant que médecin, scientifique et catholique".

"Chacun son rôle. L'Eglise a son rôle moral, religieux et philosophique, mais elle n'a pas un rôle scientifique et la science dit que le préservatif est un outil certes imparfait, mais très efficace dans la prévention", a-t-il fait valoir dans un entretien à l'Associated Press.

Selon lui, les affirmations de l'évêque d'Orléans sont contredites par des arguments scientifiques: "au laboratoire, quand on met du virus au contact d'un préservatif, on ne le retrouve pas de l'autre côté du latex, la barrière est donc imperméable", a-t-il souligné.

Cela vaut aussi du point de vue de la santé publique: "dans les pays où le préservatif est largement utilisé, notamment dans les pays du Sud, on voit une réduction de l'incidence, c'est-à-dire du nombre de nouveaux cas", a-t-il dit, ajoutant que "le principal défaut du préservatif, c'est sa sous-utilisation".

Pour France Lert, directrice de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), le rapprochement opéré par l'évêque avec la mention "fumée tue" sur les paquets de cigarettes est "totalement aberrant". "Le tabac est un facteur de risque pour la santé avéré. Situer le préservatif dans le même registre, c'est une monstruosité", a-t-elle martelé, dénonçant une "intention de diabolisation de la sexualité".

"Les préservatifs en France sont des produits qui font l'objet de contrôles sérieux et qui sont testés lot par lot", a-t-elle insisté, interrogée par l'AP. "Nous avons des produits d'excellente qualité. Le risque qu'ils se rompent ou qu'ils glissent survient dans moins de 2% des cas".

"Ces gens-là sont des criminels!", a renchéri le Dr Olivier Taulera, spécialiste du SIDA. "Qu'on soit dans le dogme, comme l'est le pape, c'est déjà difficile à admettre, mais qu'on soit dans le mensonge le plus total, c'est encore plus impardonnable!".

Sur le plan politique, le Parti socialiste s'est élevé contre des propos "non seulement faux mais également dangereux pour la santé publique", rappelant que "seuls les contraceptifs de type préservatifs (masculin et féminin) protègent efficacement des MST et du SIDA".

Dans un communiqué, Mgr Fort a expliqué vendredi avoir pris "en compte l'article publié le 22 mars par un quotidien national ("L'Osservatore Romano", NDLR), qui informait d'une étude précisant que le préservatif n'était fiable qu'à 97% dans les meilleures conditions d'utilisation et à 87% dans les conditions communes telles qu'elles se présentent en Afrique".

Sans préciser le nom du quotidien, il "admet avoir commis l'erreur de parler de questions posées dans des études antérieures sur la perméabilité du préservatif" et "prend acte des déclarations expertes des spécialistes qui attribuent ces échecs à "d'autres causes".

En 2003, déjà, le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil pontifical pour la famille, avait affirmé que l'efficacité du préservatif dans la lutte contre la propagation du virus du SIDA "n'était pas prouvée", que "de nombreuses études permettaient de douter" et que parler du préservatif comme du garant d'un "rapport sexuel protégé relevait d'une sorte de roulette russe". AP

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