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L'opposition au Zimbabwe pourrait bien finir par accepter l'inacceptable à ses yeux: un accord de partage de pouvoir avec le président Robert Mugabe.
Pour certains, une telle perspective ne ferait que prolonger l'agonie du pays. Mais d'autres observent qu'une coalition, avec Robert Mugabe à la tête de l'Etat et le chef de l'opposition Morgan Tsvangirai au poste de Premier ministre ou de vice-président, représenterait le seul moyen de sortir la nation de l'impasse actuelle et de lancer le redressement de l'économie en pleine déliquescence.
Signe d'une évolution, MM. Mugabe et Tsvangirai ont signé lundi à Harare un accord-cadre pour la tenue de discussions sur un partage du pouvoir. C'était le premier face à face des deux hommes depuis dix ans. Le président Mugabe a souligné que l'accord incluait des amendements à la Constitution et certaines lois. Arthur Mutambara, un dirigeant de l'opposition, a de son côté estimé que les négociations ne devraient durer que deux semaines.
Le Zimbabwe est plongé dans le chaos politique depuis une élection présidentielle dénoncée à l'échelle internationale. En tête à l'issue du premier tour du scrutin le 29 mars, Morgan Tsvangirai avait décidé de se retirer du second tour du 27 juin qui l'opposait à Robert Mugabe, en raison de l'escalade des violences contre ses partisans. D'après son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), plus de 120 de ses militants ont été tués depuis le premier tour par des agents des forces de sécurité et des membres de la formation au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF).
Le 10 juillet, des discussions ont été lancées en Afrique du Sud pour tenter d'aboutir à la formation d'une coalition, comme l'a souligné Thabo Mbeki, désigné comme médiateur par la Communauté de développement de l'Afrique australe. Vendredi, l'opposition a applaudi à l'annonce du projet du chef d'Etat sud-africain de travailler étroitement avec l'ONU et l'Union africaine, y voyant une réponse à sa demande d'un autre médiateur au côté de M. Mbeki, favorable selon elle à M. Mugabe.
Mais un partenariat avec l'autocrate au pouvoir au Zimbabwe depuis 1980 pourrait représenter le meilleur espoir restant pour la formation de M. Tsvangirai. Sourd aux condamnations internationales de la présidentielle, Robert Mugabe affirme avec son parti qu'il est le dirigeant élu du Zimbabwe. Plus inquiétant, les chefs militaires continuent de faire acte d'allégeance. Et toute intervention spectaculaire de la communauté internationale semble improbable.
Le 11 juillet, Moscou et Pékin ont opposé leur veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies parrainé par Washington, qui prévoyait des sanctions contre Robert Mugabe et ses principaux collaborateurs.
La ZANU-PF s'est déclarée ouverte à un partage du pouvoir, aussi longtemps que Robert Mugabe se trouverait à la tête d'une coalition. L'opposition s'est publiquement dite ouverte à la création de ce qu'elle a qualifié de "gouvernement de guérison nationale" mais uniquement avec des représentants modérés de la ZANU-PF.
Si Nqobizitha Mlilo, porte-parole du MDC, a déclaré cette semaine à l'Associated Press que sa position sur Robert Mugabe n'avait pas varié, Davie Malungisa, directeur de l'Institut -indépendant- pour une alternative démocratique au Zimbabwe, voit dans le refus de Morgan Tsvangirai de toute alliance avec Mugabe un élément de tractation. "Quand vous commencez à négocier... vous partez de très haut", remarque-t-il.
Face à une communauté internationale de plus en plus désireuse de poursuivre en justice les dictateurs, Robert Mugabe pourrait considérer le pouvoir comme sa seule protection contre un procès. Morgan Tsvangirai a souligné qu'il ne souhaitait pas intenter un procès pour crimes de guerre et violations des droits de l'Homme contre l'autocrate et ses lieutenants, estimant que cela détournerait les Zimbabwéens de la tâche de reconstruire le pays.
Une position remise en cause par Geraldine Mattioli, spécialiste en justice internationale de l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch. "A notre avis, troquer la justice" contre une idée de "paix a souvent des conséquences très négatives sur le long terme", note-t-elle.
Pour Davie Malungisa, accepter de gouverner avec un homme accusé de torture et de meurtres de dissidents "serait suicidaire" car Robert Mugabe pourrait trahir Morgan Tsvangirai. D'un autre côté, observe-t-il, l'opposition possède peu de marge de manoeuvre. AP
cr/v/st/v426
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