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C'est le dernier grand vestige du programme nucléaire de Saddam Hussein. Un énorme stock d'uranium naturel concentré en provenance d'Irak vient d'être transféré dans le plus grand secret au Canada par les autorités américaines. Un soulagement pour Washington et Bagdad, qui craignaient que ce "yellowcake" ne tombe entre les mains de l'insurrection ou de l'Iran voisin.
La cargaison est arrivée à Montréal samedi après un voyage en bateau de 13.600 kilomètres depuis l'île de Diego Garcia dans l'océan Indien. Le transfert des 550 tonnes de "yellowcake", ce concentré d'uranium qui constitue la première étape de la production de combustible nucléaire, permet en partie de tourner la page du programme nucléaire de Saddam Hussein.
Reste encore à mener à bien une délicate opération de décontamination dans l'ancien complexe nucléaire de Tuwaitha, à 20 kilomètres au sud de Bagdad, à laquelle participeront des experts irakiens ayant suivi une formation dans la zone contaminée de Tchernobyl en Ukraine.
"Tout le monde est très heureux d'avoir fait sortir cela d'Irak en toute sécurité", s'est félicité un haut responsable américain en présentant à l'Associated Press l'opération de transport du yellowcake, qui a duré en tout trois mois.
Le yellowcake seul, n'est pas considéré comme assez puissant pour une "bombe sale", visant à disperser des matières radioactives à l'aide d'explosifs conventionnels, mais il peut être enrichi pour être utilisé dans des réacteurs, voire des armes nucléaires.
Le gouvernement irakien a vendu le yellowcake à la société canadienne Cameco, une transaction représentant "des dizaines de millions de dollars", selon le haut responsable américain s'exprimant sous couvert d'anonymat.
Le porte-parole de Cameco, Lyle Krahn, a précisé que la cargaison serait transportée par camions aux installations de la compagnie à Port Hope et Blind River, en Ontario. Elle sera ensuite traitée pour être utilisée dans des réacteurs nucléaires civils. "Nous sommes heureux (...) d'avoir transféré (le yellowcake) d'une région volatile vers une zone stable pour produire de l'électricité propre", a déclaré M. Krahn.
La transaction a couronné plus d'un an d'intenses efforts diplomatiques et militaires gardés secrets par crainte d'embuscades ou d'attaques contre le chargement -3.500 fûts- transporté par la route jusqu'à Bagdad, puis vers Diego Garcia à bord de 37 vols militaires avant l'étape finale en bateau.
Les diplomates et responsables militaires avaient d'abord envisagé d'acheminer le yellowcake par voie terrestre jusqu'à un port koweïtien. Mais avec un tel itinéraire, au coeur de l'Irak chiite, il se serait trouvé dans le rayon d'action de factions extrémistes, dont certaines sont soutenues par l'Iran, selon Washington.
En outre, il aurait alors dû transiter en bateau par le détroit d'Ormouz, à l'entrée du golfe Arabo-persique, où les navires américains et iraniens croisent souvent à proximité les uns des autres. Enfin, les autorités koweïtiennes étaient réticentes à ouvrir leur frontière au chargement.
Il fallait aussi trouver une destination au yellowcake. Le gouvernement irakien a cherché des acheteurs sur le marché, où le cours de l'uranium atteignait 120 dollars la livre (environ 450 grammes) l'an dernier, mais est désormais moitié inférieur. L'accord avec Cameco a été conclu en début d'année, selon le responsable interrogé par l'AP.
En avril, des convois de camion ont commencé à transporter le chargement entre Tuwaitha et l'aéroport international de Bagdad, a-t-il précisé. Les fûts ont été acheminés en mai à Diego Garcia, possession britannique où les Etats-Unis disposent d'une base militaire, lors d'un transfert aérien de deux semaines. Enfin le 3 juin, un navire américain a quitté l'île de l'océan Indien pour Montréal.
Cameco, un producteur d'uranium, affirme que c'est l'armée américaine qui est à l'origine du secret ayant entouré l'opération. AP
lma/v261/st
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