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La politique des petits pas, plutôt que celle du grand bond en avant: faisant le choix de la "continuité" avec Jacques Chirac plutôt que la "rupture", Nicolas Sarkozy a pris soin lors de ses trois jours en Chine de ne pas froisser un pays qu'il espère amener à jouer un "rôle positif" sur la scène internationale ou l'environnement, au prix de concessions sur le Tibet ou Taïwan. Une stratégie payante au vu de la liasse record de contrats empochés.
Le président, dont c'était la première visite en Asie, rentre les mains pleines. Avec plus de 20 milliards d'euros de contrats négociés, dont deux réacteurs nucléaires EPR pour Areva ou 160 avions pour Airbus, c'est le plus gros chèque jamais signé par Pékin à Paris. Si certains contrats se trouvaient dans les tuyaux depuis longtemps, l'Elysée voulait y voir l'effet du "charme" présidentiel. "Un dîner, une réunion, un déjeuner" avec le président chinois Hu Jintao et "on est passés de 30 à 160" avions pour Airbus, assurait un très proche du chef de l'Etat.
De quoi booster un peu la part de marché de la France en Chine, qui plafonne à un piètre 1,43%. "C'est des emplois pour les Français, c'est de la croissance pour la France", saluait le VRP Sarkozy, qui avait emmené avec lui une quarantaine de patrons et sept ministres. Il assurait néanmoins ne pas voir la Chine "comme une immense banque où on viendrait se servir".
Autre succès revendiqué par le promoteur du Grenelle de l'environnement, Pékin a signé "pour la première fois" une déclaration commune contre le réchauffement climatique. Et ce alors que la Chine, qui a ratifié le protocole de Kyoto sans accepter aucun objectif contraignant, est en passe de devenir le pollueur numéro un de la planète. Reste que ce texte n'engage en rien la Chine, même si Nicolas Sarkozy a de nouveau menacé d'imposer une taxe carbone aux produits venant de pays peu respectueux de l'environnement.
Le président français a aussi abordé la question des droits de l'Homme, réclamant publiquement à Hu Jintao des "progrès supplémentaires" devant la presse, quand Jacques Chirac préférait évoquer le sujet loin des caméras. "J'en ai même parlé en détail", se prévalait-il, après avoir plaidé la cause des journalistes et demandé à Rachida Dati (Justice) de rencontrer des avocats chinois. Mais il a veillé à ne pas franchir la ligne jaune: il n'a pas demandé à Pékin d'abolir "complètement" la peine de mort, mais d'encourager la baisse du nombre des condamnations; et il a laissé sa secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme Rama Yade à Paris.
Soucieux d'amadouer le géant chinois, M. Sarkozy a aussi accepté des concessions sur le principal sujet de préoccupation de la Chine: son territoire. Emboîtant le pas de Jacques Chirac, il a souligné que la France n'est "pas favorable à l'indépendance" de Taïwan. Pékin menace de recourir aux armes si l'île, gouvernée démocratiquement, se déclare indépendante. Même son de cloche sur le Tibet. "Pour la France, il y a une Chine", a-t-il martelé.
Et, comme Jacques Chirac encore, Nicolas Sarkozy s'est prononcé "clairement" pour la levée de l'embargo européen sur les ventes d'armes à la Chine, décidé après la répression sanglante des manifestations de Tiananmen de juin 1989. Un embargo "inopportun politiquement et inutile techniquement", jugeait un haut fonctionnaire de l'Elysée. Quitte à céder à la "realpolitik"? "A force d'avoir des principes, on n'a plus de politique étrangère", estimait la même source, qui a requis l'anonymat.
En ne brusquant pas ses hôtes, M. Sarkozy espère convaincre la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, de tenir une plus grande place sur la scène mondiale. "La France a fait le pari de la Chine", a-t-il expliqué, saluant le "rôle positif" qu'elle a joué dans les crises au Darfour ou en Birmanie. "La France veut que la Chine prenne toute sa part au règlement des grandes questions", a-t-il dit, "nous avons besoin d'elle".
Et notamment sur le dossier iranien, alors que Pékin semble toujours réticent à des sanctions si Téhéran persiste à défier l'ONU sur son programme nucléaire. "La France compte beaucoup sur l'engagement et la fermeté de la Chine", a pressé le président de la République.
Après trois journées marathon dans l'Empire du Milieu, il a déjà prévu de revenir: il se trouvera au premier rang pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques à Pékin, le 8 août 2008. AP
sch/st
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