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actu & culture


BRUXELLES - mercredi 21 novembre 2007 à 13h38

De la culotte au missile... Le futur Musée de l'Europe a déjà sa collection



De la lingerie rouge, un missile balistique soviétique, un stylo utilisé par Lech Walesa... Des pièces pour le moins hétéroclites sont réunies à Bruxelles dans le cadre d'une exposition préfigurant un futur musée dédié à la petite et à la grande histoire de l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

"Nous avons essayé de montrer l'Europe autrement pour attirer les gens vers quelque chose qu'ils voient peut-être comme froid, bureaucratique et distant", explique l'historien et ancien ambassadeur d'Israël en France Elie Barnavi, l'un des artisans du projet.

L'idée, poursuit-il, est de montrer les grands événements qui ont marqué l'histoire européenne de l'après-guerre comme la décolonisation, la création de la Communauté économique européenne (CEE) et la chute du Mur de Berlin ainsi que l'évolution de la vie quotidienne durant cette période.

Une culotte en nylon rouge est ainsi présentée avec un vieux récepteur de télévision et un tapis imitation peau de tigre dans un appartement reconstitué à la mode des années 50 illustrant l'émergence de la société de consommation en Europe de l'Ouest. Un peu plus loin, un missile soviétique fait face à un missile américain dans un couloir sombre symbolisant la situation d'une Europe coincée entre les deux superpuissances antagonistes.

Une statuette porte-bonheur de la Vierge Marie appartenant au conducteur de poids lourd portugais Carlos Manuel Perreira apparaît dans une création vidéo interactive et en plusieurs langues visant à montrer comment l'abolition des contrôles aux frontières en Europe a changé le métier de camionneur. M. Perreira est l'un des 27 citoyens européens -un pour chaque pays de l'Union européenne- retenus pour personnaliser l'histoire de l'Europe.

Parmi les autres personnes sélectionnées figurent un survivant letton des goulags soviétiques, des ouvriers français et britanniques qui ont participé au chantier du tunnel sous la Manche et le hockeyeur vedette slovaque devenu homme politique Peter Stastny.

Des centaines d'objets faisant référence à l'histoire sont également présentés, dont le stylo utilisé par l'ancien dirigeant du syndicat Solidarité Lech Walesa pour signer des accords avec le gouvernement communiste polonais dans les années 1980; un arrosoir qui servit au chancelier de la République fédérale allemande et amateur de jardinage Konrad Adenauer; une statue déboulonnée de Lénine en provenance de Hongrie; et une lampe électrique fabriquée en Belgique à partir d'un corps d'obus de la Seconde Guerre mondiale.

La construction européenne a aussi droit de cité. L'exposition, intitulée "C'est notre histoire", présente notamment une copie originale du Traité de Rome, document fondateur de la CEE, ou encore une poubelle transparente remplie de pesetas espagnoles, marks allemands et d'autres monnaies aujourd'hui disparues au profit de l'euro.

Tous ces objets constituent les pièces maîtresses d'un futur Musée de l'Europe, qui peine à voir le jour. Des historiens et hommes politiques à Bruxelles tentent depuis dix ans de trouver une lieu permanent pour la collection mais se heurtent à des complications juridiques, politiques et financières.

Une proposition d'accueillir l'exposition dans une annexe du Parlement européen à Bruxelles n'a pas abouti, mais M. Barnavi espère que le futur musée ouvrira d'ici quelques années dans la capitale belge.

En attendant, l'exposition, qui déménagera pour Paris en mars, ne fait pas l'unanimité, ses détracteurs dénonçant une vision aseptisée de l'histoire cherchant à plaire à tous, et son financement assuré en partie par l'UE. "C'est de l'argent mal utilisé", estime Jens-Peter Bonde, un député européen danois eurosceptique. "Chaque fois qu'il y a une subvention de la Commission européenne, je crains toujours que ce soit pour faire de la propagande."

L'exposition n'hésite pas toutefois à évoquer les aspects les plus sombres de l'histoire européenne. Elle présente une robe ayant appartenu à une petite fille tuée dans le camp d'extermination d'Auschwitz, du matériel d'écoute utilisé par la Stasi, la police secrète est-allemande, un tas de vêtements sales dans un conteneur symbolisant le voyage désespéré des migrants clandestins, ou encore une salle de torture reconstituée de l'Espagne franquiste. AP

lma/v/st




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