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actu & culture


BELGRADE - mercredi 14 novembre 2007 à 19h24

Serbie: les enfants handicapés mentaux victimes de mauvais traitements, selon un rapport


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Des enfants attachés dans des lits depuis leur naissance, un garçon de six ans qui tente de s'arracher une oreille, une adolescente qui cherche à s'énucléer devant un personnel hospitalier indifférent... Ces scènes cauchemardesques figurent dans le rapport d'une organisation américaine qui dénonce les mauvais traitements, selon elle systématiques, infligés aux patients des hôpitaux psychiatriques en Serbie.

Le ministre serbe des Affaires sociales Rasim Ljajic s'est déclaré mercredi "d'accord avec certaines parties du rapport" publié par Mental Disability Rights International (MDRI), une organisation de défense des droits de l'Homme basée aux Etats-Unis. Il a ordonné qu'une des institutions citées par le document cesse d'accepter des enfants car elle héberge plus de 500 patients souffrant de retard mental grave.

Le rapport impute en grande partie les mauvais traitements et la négligence observés à un manque de personnel et de moyens financiers. MDRI reconnaît que la situation dans les hôpitaux psychiatriques serbes s'est largement améliorée avec l'aide de donateurs étrangers mais souligne que beaucoup reste à faire "pour répondre aux graves problèmes de droits de l'Homme qui existent pour quelque 18.000 patients".

Des enfants et des adultes ne quittent jamais leur lit et certains vivent attachés en permanence pour les empêcher de se blesser, selon le rapport, qui estime que les cas les plus graves relevés "sont assimilables à de la torture".

"Ils mangent, vont aux toilettes et meurent dans ces lits", a souligné Laurie Ahern, de MDRI, lors d'une conférence de presse. Dans le rapport, Mme Ahern raconte sa visite dans un hôpital. "J'ai regardé dans le lit et j'ai vu un enfant qui avait l'air d'avoir 7 ou 8 ans. L'infirmière m'a dit qu'il en avait 21 et se trouvait dans l'institution depuis onze ans. (...) Je lui ai demandé à quelle fréquence on le sortait du lit et elle a répondu: 'jamais, on ne l'a jamais sorti du lit en onze ans.'"

Selon le rapport, de nombreux enfants tentent de se blesser et la pratique couramment acceptée de les contraindre physiquement ne fait qu'exacerber le problème. Les enquêteurs du MDRI ont observé de nombreux enfants qui mordaient leurs propres doigts.

MDRI recommande que certains des centres psychiatriques en Serbie soient fermés et que leurs patients puissent avoir "accès à l'éducation, à l'emploi, à un logement sûr et décent, à des amis et à une famille en fonction de leur handicap". L'organisation compte envoyer le rapport à l'Union européenne, que la Serbie aspire à rejoindre, aux Nations unies et à d'autres organisations internationales.

Le ministre serbe de la Santé Tomica Milosavljevic a déclaré ne pas avoir lu le rapport, mais a reconnu que les centres psychiatriques serbes continuaient à souffrir alors que la Serbie ne s'est pas encore remise des guerres qui ont embrasé les Balkans dans les années 1990. Dans ces conditions, "les groupes les plus vulnérables, comme les handicapés, souffrent le plus", a-t-il expliqué.

M. Milosavljevic estime toutefois que le rapport ne prend pas suffisamment en compte les progrès accomplis depuis 2000 dans les hôpitaux psychiatriques serbes. "Je ne dis pas que tout est idéal, loin de là", dit-il, "mais je ne crois pas que les problèmes (mentionnés dans le rapport) illustrent la situation réelle."

La Serbie n'est pas le seul pays où les handicapés mentaux sont maltraités, selon MDRI, qui a publié des rapports similaires sur des institutions psychiatriques en Roumanie, Hongrie, Mexique, Pérou, Russie, Turquie, Uruguay, Argentine et dans la province serbe du Kosovo.

Les mauvais traitements infligés aux malades mentaux en Serbie ont été révélés au grand jour après la chute du président yougoslave Slobodan Milosevic en 2000. Durant son règne de onze ans, la qualité des services de santé s'est effondrée, une partie des fonds publics ayant été réorientés vers le financement des guerres en Croatie, Bosnie et au Kosovo. AP

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